Salah Abdeslam demande une nouvelle fois à la justice d’assouplir ses conditions de détention. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible pour sa participation aux attentats du 13-Novembre 2015, il affirme être arrivé à un « point de bascule » après des années passées à l’isolement. Il conteste notamment les parloirs avec Hygiaphone, qui empêchent tout contact physique avec ses visiteurs. Le ministère de la Justice s’oppose à cet assouplissement et continue de considérer que son profil justifie des mesures de sécurité exceptionnelles.
« Ma vie n’a plus aucun sens »
Les mots employés devant la justice sont particulièrement forts.
Salah Abdeslam, aujourd’hui âgé de 36 ans, a de nouveau saisi le tribunal administratif de Lille pour contester les conditions dans lesquelles il est détenu au centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais.
Selon le récit de l’audience rapporté par la presse, il affirme être arrivé à un « point de bascule ».
« Ma vie n’a plus aucun sens », a-t-il également déclaré.
Il s’agit déjà de sa cinquième démarche depuis le début de l’année 2026 pour tenter d’obtenir une modification de son régime de détention.
À l’isolement depuis dix ans
Salah Abdeslam vit sous un régime d’isolement exceptionnellement strict depuis environ dix ans.
Il est détenu à Vendin-le-Vieil depuis juin 2024, après son retour en France.
Concrètement, son placement à l’isolement limite considérablement ses interactions avec les autres détenus. Ses activités et déplacements sont organisés de façon à éviter les contacts.
Le code pénitentiaire prévoit que l’isolement ne peut normalement être prolongé au-delà de deux ans que de manière exceptionnelle, lorsqu’il constitue notamment l’unique moyen d’assurer la sécurité des personnes ou de l’établissement.
C’est précisément autour de cette exception que s’affrontent aujourd’hui ses avocats et l’administration pénitentiaire.
Des parloirs derrière une vitre
L’autre grande bataille concerne ses visites.
Salah Abdeslam reçoit actuellement certains visiteurs à travers un dispositif comprenant une paroi de séparation et un Hygiaphone.
Impossible, dans ces conditions, de toucher physiquement la personne venue lui rendre visite.
Ses avocats réclament depuis plusieurs mois le retour à des parloirs classiques.
La question avait déjà donné lieu à un important bras de fer avec l’administration pénitentiaire au printemps.
Le 1er avril 2026, le tribunal administratif de Lille avait refusé de suspendre son placement à l’isolement mais demandé le retour à des parloirs sans ce dispositif de séparation.
L’administration pénitentiaire avait néanmoins décidé de rétablir le dispositif quelques jours plus tard en prenant de nouvelles décisions administratives. Le contentieux s’est donc poursuivi.
Pourquoi l’Hygiaphone a-t-il été installé ?
Le durcissement des visites trouve notamment son origine dans une affaire survenue en novembre 2025.
Salah Abdeslam avait alors été placé en garde à vue dans le cadre d’une enquête concernant une clé USB introduite illégalement en détention.
Selon le Parquet national antiterroriste, celle-ci contenait notamment des documents relevant de la propagande d’organisations terroristes comme l’État islamique ou Al-Qaïda.
Son ex-compagne, soupçonnée de lui avoir fait parvenir cette clé, avait été mise en examen et incarcérée.
À la suite de cette affaire, la direction de Vendin-le-Vieil avait rétabli la séparation physique pendant les visites.
Les avocats d’Abdeslam contestent toutefois le maintien systématique de cette mesure, notamment pour les visites de membres de sa famille.
La justice lui avait donné partiellement raison
Au printemps, le tribunal administratif avait relevé qu’aucun élément n’était alors avancé permettant de soupçonner les membres de sa famille de vouloir lui transmettre des objets interdits.
Le juge avait également souligné que ces visites familiales se déroulaient depuis 2016 sans incident signalé.
Face au refus initial de l’administration d’appliquer la décision concernant les parloirs, l’État avait même été soumis à une astreinte de 100 euros par jour.
L’administration avait ensuite adopté de nouvelles décisions maintenant la séparation, en avançant notamment différents incidents concernant des objets que ses proches auraient tenté de faire entrer.
Ses avocats contestent l’interprétation de ces événements.
Le Conseil d’État a déjà refusé un assouplissement
Salah Abdeslam a également subi un important revers judiciaire en juin.
Il demandait notamment la fin de son régime d’isolement, l’accès aux unités de vie familiale et la suppression des fouilles intégrales.
Ces demandes d’assouplissement ont été rejetées.
Le ministre de la Justice avait alors présenté cette décision comme une victoire pour « l’autorité de l’État », les agents pénitentiaires et la lutte antiterroriste.
Cela n’a pas mis fin à la bataille judiciaire.
Ses avocats envisagent également de porter la question de ses conditions de détention devant la Cour européenne des droits de l’homme.
Condamné à la perpétuité incompressible
Le statut de Salah Abdeslam reste exceptionnel.
Seul membre encore en vie des commandos du 13 novembre 2015, il a été condamné en juin 2022 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté perpétuelle, la sanction pénale la plus lourde prévue par le droit français.
Les attentats du Stade de France, des terrasses parisiennes et du Bataclan ont fait 132 morts, bilan actualisé après le décès ultérieur de victimes, et des centaines de blessés.
La question actuellement soumise à la justice ne concerne donc pas sa condamnation, mais les modalités concrètes selon lesquelles cette peine est exécutée.
Le vrai sujet
La nouvelle demande de Salah Abdeslam pose une question juridique distincte de sa culpabilité ou de la gravité des crimes pour lesquels il a été condamné.
Une peine de perpétuité incompressible ne signifie pas que l’administration pénitentiaire dispose d’une liberté illimitée concernant les conditions de détention.
Même un détenu condamné pour terrorisme conserve des droits fondamentaux et peut contester devant la justice administrative des mesures qu’il estime disproportionnées.
Inversement, l’administration peut maintenir des restrictions exceptionnelles lorsqu’elle estime pouvoir démontrer qu’elles sont nécessaires à la sécurité.
C’est précisément cette confrontation qui explique les décisions parfois différentes rendues ces derniers mois.
La justice a ainsi pu refuser de mettre fin à l’isolement tout en considérant, à un autre moment, que la séparation physique systématique lors des visites n’était pas suffisamment justifiée.
L’affaire de la clé USB contenant de la propagande djihadiste constitue évidemment un élément majeur dans l’argumentaire de l’administration.
De leur côté, ses avocats soulignent la durée exceptionnelle de l’isolement et ses conséquences psychologiques.
La question posée au tribunal n’est donc pas de savoir si Salah Abdeslam doit sortir de prison : il purge une peine de perpétuité incompressible.
Elle est de déterminer jusqu’où peuvent aller, et pendant combien de temps, les restrictions supplémentaires imposées à un détenu déjà condamné à passer sa vie en prison.
3 points à retenir
- Salah Abdeslam affirme être arrivé à un « point de bascule » et déclare que sa vie « n’a plus aucun sens », alors qu’il demande pour la cinquième fois cette année un assouplissement de son régime de détention.
- Il conteste notamment son isolement et les parloirs avec Hygiaphone, qui empêchent tout contact physique avec ses visiteurs. La question de ces parloirs fait l’objet d’une bataille judiciaire depuis plusieurs mois.
- L’administration pénitentiaire défend ces mesures pour des raisons de sécurité, notamment dans le contexte de l’affaire d’une clé USB contenant de la propagande djihadiste introduite illégalement en détention.






Réagir