Jean-Luc Mélenchon ne cherche plus à esquiver ses anciennes déclarations sur le voile islamique. Le candidat de La France insoumise à l’élection présidentielle de 2027 reconnaît désormais ouvertement avoir profondément changé de position sur cette question.
Lors d’une conférence organisée mercredi 2 septembre à Paris devant des militants insoumis, le fondateur de LFI est revenu sur ses prises de position passées.
« J’ai été convaincu, j’ai changé d’avis », a-t-il déclaré, allant jusqu’à considérer aujourd’hui son ancienne opposition au voile comme une « erreur terrible ».
Un changement particulièrement notable quand on compare ses déclarations actuelles à celles qu’il tenait il y a encore quelques années.
En 2010, Mélenchon dénonçait une « soumission patriarcale »
Les déclarations passées de Jean-Luc Mélenchon sont régulièrement ressorties par ses adversaires politiques.
En 2010, il présentait ainsi le voile islamique comme un « signe de soumission patriarcale ».
Sept ans plus tard, en 2017, le dirigeant politique employait une formule encore plus brutale en parlant d’un « chiffon sur la tête ».
Son positionnement actuel est clairement différent.
Mélenchon défend aujourd’hui la liberté des femmes de porter le voile et inscrit davantage cette question dans le cadre de la liberté individuelle et de la lutte contre les discriminations visant les musulmans.
« Je n’avais pas compris »
Mercredi soir, Jean-Luc Mélenchon a lui-même reconnu cette évolution.
Il explique qu’il y a une vingtaine d’années, il n’était pas favorable au port du voile et considère désormais qu’il « n’avait pas compris » la question de la même manière.
Selon son récit, ce sont notamment ses échanges avec différentes femmes qui ont fait évoluer sa position.
Il explique avoir rencontré des femmes voilées, des femmes croyantes ne portant pas le voile mais également des femmes non croyantes défendant la liberté de chacune.
Ces discussions l’auraient progressivement amené à revoir son jugement.
« J’ai été convaincu et j’ai changé d’avis », assume-t-il aujourd’hui.
Il parle désormais d’une « erreur terrible »
Jean-Luc Mélenchon va même plus loin que la simple reconnaissance d’une évolution politique.
Il qualifie désormais son ancienne position d’« erreur terrible ».
Le dirigeant insoumis rappelle également avoir été, dans sa jeunesse, particulièrement anticlérical.
Son regard sur la religion aurait notamment évolué au contact de l’Amérique latine, où il dit avoir observé le rôle joué par certains mouvements chrétiens liés à la théologie de la libération dans des mobilisations progressistes.
Sa position actuelle consiste donc davantage à considérer que les convictions religieuses personnelles ne doivent pas empêcher l’action politique commune.
La polémique relancée par la proposition du RN sur le voile
Cette prise de parole intervient surtout dans un contexte politique très particulier.
Quelques jours auparavant, le député RN Jean-Philippe Tanguy avait confirmé que son parti souhaitait sanctionner le port du voile islamique dans l’espace public par une amende en cas d’arrivée au pouvoir.
C’est en réaction à cette proposition que Mélenchon est revenu sur sa propre évolution.
Le candidat LFI a exprimé sa profonde opposition à une interdiction générale du voile dans l’espace public.
Il affirme même ressentir de « la honte » face à l’idée qu’une telle proposition puisse occuper le débat politique français.
Un changement que ses adversaires qualifient d’électoraliste
Cette évolution alimente évidemment les attaques politiques.
Certains adversaires de Jean-Luc Mélenchon lui reprochent d’avoir progressivement abandonné une conception traditionnelle de la gauche laïque et universaliste.
Le député RN Kévin Mauvieux a notamment accusé le dirigeant insoumis de « clientélisme électoral », estimant que son changement de position répondrait davantage à une stratégie électorale qu’à une véritable évolution intellectuelle.
Il s’agit cependant d’une interprétation politique de ses adversaires, et non d’un fait établi.
Mélenchon donne une tout autre explication : il affirme avoir changé d’avis après avoir discuté avec les premières concernées et réfléchi à sa propre conception de la religion et de la liberté individuelle.
Un sujet majeur de la présidentielle 2027
La question du voile pourrait devenir l’un des grands points de confrontation de la campagne présidentielle.
D’un côté, le RN souhaite aller vers une interdiction du voile islamique dans l’espace public, assortie de sanctions.
De l’autre, Jean-Luc Mélenchon assume désormais une ligne radicalement opposée, fondée sur la liberté de porter ou non un signe religieux.
Et son passé rend cette confrontation particulièrement intéressante.
Car contrairement à ce que pourrait laisser penser son positionnement actuel, Mélenchon n’a pas toujours défendu cette ligne.
Il le reconnaît désormais lui-même.
Le vrai sujet
La véritable information n’est donc pas simplement que Jean-Luc Mélenchon défend aujourd’hui le droit de porter le voile.
Cette position est connue depuis plusieurs années.
La nouveauté réside dans la manière particulièrement explicite avec laquelle il reconnaît son propre revirement.
Mélenchon ne cherche pas à expliquer que ses déclarations de 2010 ou 2017 auraient été mal comprises. Il reconnaît qu’il pensait réellement différemment et affirme aujourd’hui s’être trompé.
C’est un changement politique profond : celui qui décrivait autrefois le voile comme un symbole de « soumission patriarcale » considère désormais son ancienne position comme une « erreur terrible ».
Ses adversaires y voient une stratégie électorale. Mélenchon affirme, lui, avoir été convaincu par ses rencontres et son évolution personnelle.
À quelques mois de la présidentielle de 2027, cette transformation idéologique devrait continuer à alimenter le débat autour de LFI, de la laïcité et du rapport de la gauche à l’islam.
Les 3 choses à retenir
- Jean-Luc Mélenchon reconnaît explicitement avoir « changé d’avis » sur le voile et qualifie son ancienne opposition d’« erreur terrible ».
- En 2010, il présentait le voile comme un « signe de soumission patriarcale » et, en 2017, parlait d’un « chiffon sur la tête ».
- Mélenchon explique son évolution par ses échanges avec des femmes voilées, croyantes ou non croyantes, tandis que certains de ses adversaires l’accusent d’un revirement électoraliste.














