Parce que rien, dans son dossier, ne permettait juridiquement de le retenir. Le 20 octobre, trois jours avant l’attentat, Kévin T., 39 ans, avait été interpellé à Levallois-Perret pour avoir frappé un automobiliste, a confirmé le parquet de Nanterre. Il a été entendu en audition libre pour violences volontaires, puis est reparti. Le 23 octobre, il a ouvert le feu depuis sa voiture à Trappes et La Verrière, tuant Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et blessant sept personnes.
Qu’est-ce qu’une audition libre ?
C’est une audition sans garde à vue : la personne est entendue comme suspecte, mais elle peut quitter les locaux à tout moment. Elle est utilisée pour des délits jugés moins graves, quand aucun élément ne justifie une privation de liberté. La suite de la procédure, convocation devant un tribunal ou classement, intervient ensuite. Rien ne permettait donc, à ce stade, de le placer en détention.
Pourquoi personne ne l’avait repéré
- Il était inconnu des services de renseignement
- Sa dernière condamnation, sur quatre, remontait à 2012
- La bagarre du 20 octobre, à la station-service où il travaillait comme prestataire, l’opposait à un homme noir, selon Mediapart ; elle a été traitée comme des violences, pas comme un signal de radicalisation
Lors de la perquisition de son domicile à Plaisir, qui était piégé, les enquêteurs ont trouvé un chargeur, des poings américains, une baïonnette, un silencieux, ainsi que des autocollants de soutien au RN qu’il dit avoir fait fabriquer lui-même.
Que risque-t-il ?
Mis en examen le 29 octobre pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante de racisme, il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. En matière terroriste, il serait jugé par une cour d’assises spécialement composée de magistrats professionnels. Il reconnaît avoir visé des personnes « de type musulman ou africain ou nord-africain », mais conteste toute intention terroriste. Il invoque des troubles psychiatriques : ce sont les expertises qui diront si son discernement était aboli, ce que le médecin qui l’a examiné en garde à vue n’a pas retenu.
Questions fréquentes
Le tireur de Trappes était-il connu de la police ?
Oui, de la police, mais pas du renseignement : condamné quatre fois, la dernière en 2012, et interpellé trois jours avant l’attentat pour des violences.
Pourquoi a-t-il été libéré le 20 octobre ?
Il n’a pas été placé en garde à vue mais entendu en audition libre pour violences volontaires, une procédure qui ne permet pas de retenir la personne.
Combien de victimes à Trappes ?
Un mort, Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et sept blessés selon le dernier bilan.
Quelle peine risque le tireur de Trappes ?
La réclusion criminelle à perpétuité, pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste, à caractère raciste.
L’avis de Minute Actu
Il serait facile de chercher un coupable dans le commissariat de Levallois. Mais une bagarre ne fait pas un terroriste, et la loi ne permet pas d’enfermer quelqu’un sur un pressentiment. La vraie question est ailleurs : comment des signaux faibles, violences, autocollants, armes, ne se sont jamais retrouvés dans le même dossier.
3 points à retenir
- Trois jours avant l’attentat, le suspect a été entendu en audition libre pour violences, puis est reparti.
- Il était inconnu du renseignement ; dernière condamnation en 2012.
- Mis en examen pour assassinat terroriste à caractère raciste, il risque la perpétuité.
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