C’est probablement l’un des arrêtés municipaux les plus insolites de l’année. À Saint-Just-Saint-Rambert, dans la Loire, le maire Olivier Joly a officiellement décidé… d’interdire aux moustiques tigres de survoler sa commune.
Le texte, daté du 1er septembre, va même jusqu’à prévenir les insectes récalcitrants :
« Tout moustique tigre ne respectant pas les présentes dispositions s’expose à des poursuites. »
Évidemment, la mairie ne compte pas réellement envoyer sa police municipale verbaliser des moustiques.
Derrière cet arrêté volontairement absurde se cache une véritable campagne de sensibilisation face à la prolifération de l’espèce.
Les moustiques tigres officiellement interdits de vol
L’arrêté municipal est rédigé comme s’il s’adressait directement aux moustiques.
Le maire justifie sa décision en considérant notamment que leurs vols « rasants ou circulaires » ainsi que leurs piqûres provoquent « l’agacement et l’exaspération » des habitants.
La règle est ensuite formulée très sérieusement :
« Tout moustique tigre constaté en situation de survol devra immédiatement cesser celui-ci. »
Et la mairie propose même une solution aux contrevenants : les moustiques concernés peuvent rejoindre les pièges installés par la commune.
La police municipale est même mentionnée
L’arrêté pousse la plaisanterie encore plus loin.
Les agents de la police municipale et les services compétents sont officiellement désignés comme habilités à effectuer des contrôles et à constater les infractions au texte.
Olivier Joly a néanmoins rassuré tout le monde sur un point essentiel :
« Aucun moustique n’a été arrêté ou verbalisé », plaisante le maire.
« On ne peut plus prendre l’apéro dehors ! »
Si la forme est humoristique, le problème rencontré par les habitants est, lui, bien réel.
Saint-Just-Saint-Rambert compte environ 15 000 habitants et la municipalité affirme avoir reçu de nombreux signalements concernant la prolifération du moustique tigre.
À son retour de vacances, Olivier Joly raconte avoir été directement interpellé par ses administrés.
Certains lui auraient notamment lancé :
« On ne peut plus prendre l’apéro dehors ! »
Le maire explique avoir alors voulu trouver un moyen original de remettre la lutte contre le moustique tigre au centre des discussions.
« C’est un sujet sérieux et léger à la fois », résume-t-il.
45 000 euros dépensés contre les moustiques
Car contrairement à ce que pourrait laisser penser cet arrêté humoristique, la municipalité ne s’est pas contentée d’une opération de communication.
Selon Olivier Joly, 45 000 euros ont déjà été consacrés à la lutte contre les moustiques.
Plusieurs dispositifs ont été installés :
- des pièges à moustiques ;
- des gîtes destinés aux chauves-souris ;
- des nichoirs à mésanges ;
- des installations permettant d’accueillir des hirondelles.
La commune indique également avoir installé huit pièges à moustiques tigres dans plusieurs zones pilotes et distribué 250 kits de lutte à des habitants volontaires.
Le véritable message s’adresse surtout aux habitants
En réalité, les moustiques ne sont évidemment pas les véritables destinataires de l’arrêté.
Ce sont les habitants.
La mairie rappelle notamment l’importance de supprimer les eaux stagnantes, qui constituent des lieux privilégiés pour la reproduction des moustiques.
Elle recommande de vider les récipients pouvant retenir de l’eau, de surveiller les soucoupes sous les pots de fleurs, d’entretenir les gouttières et les caniveaux et de couvrir ou traiter les bassins inutilisés.
L’objectif est donc d’utiliser l’humour pour attirer l’attention sur des gestes beaucoup plus concrets.
Pourquoi le moustique tigre inquiète-t-il autant ?
Le moustique tigre n’est pas seulement particulièrement agaçant.
L’espèce Aedes albopictus peut également transmettre plusieurs maladies, notamment la dengue, le chikungunya ou le virus Zika.
Détecté en France hexagonale à partir de 2004, il a progressivement colonisé une grande partie du territoire.
La lutte contre sa reproduction représente donc également un enjeu sanitaire.
Le vrai sujet
L’image d’un policier municipal dressant une contravention à un moustique est évidemment celle qui fait le buzz.
Mais l’arrêté n’a aucune prétention à empêcher juridiquement un insecte de voler.
Olivier Joly assume totalement le caractère humoristique de l’opération.
Son objectif est beaucoup plus pragmatique : provoquer suffisamment de curiosité pour que les habitants parlent du moustique tigre et recommencent à appliquer les gestes permettant de limiter sa reproduction.
Et sur ce point, l’opération fonctionne.
En quelques jours, l’arrêté de cette commune de 15 000 habitants s’est retrouvé repris dans de nombreux médias nationaux.
La mairie voulait attirer l’attention sur les moustiques.
Mission accomplie, sans avoir eu besoin d’en verbaliser un seul.
Les 3 choses à retenir
- Le maire de Saint-Just-Saint-Rambert, Olivier Joly, a réellement signé un arrêté interdisant aux moustiques tigres de survoler sa commune.
- Le texte affirme avec humour que tout moustique ne respectant pas les règles « s’expose à des poursuites » et mentionne même la police municipale.
- Derrière la plaisanterie se cache une véritable campagne de prévention : la municipalité indique avoir déjà consacré 45 000 euros à différents dispositifs de lutte contre les moustiques.














