L’entreprise américaine Anthropic, à l’origine du chatbot Claude, est au cœur d’une nouvelle polémique. Des documents judiciaires dévoilés dans le cadre d’une procédure en justice révèlent qu’elle a mis en place un programme interne baptisé « Project Panama », consistant à acheter des millions de livres, à les découper pour les numériser, puis à recycler le papier afin d’alimenter ses modèles d’intelligence artificielle.
Les documents montrent également qu’en interne, certains responsables recommandaient de garder ce projet discret, avec la consigne : « We don’t want this to be known » (« Nous ne voulons pas que cela se sache »).
Des livres achetés, découpés puis recyclés
Selon les pièces du dossier, Anthropic achetait de très grandes quantités d’ouvrages auprès de distributeurs spécialisés. Les reliures étaient ensuite retirées à l’aide de machines industrielles afin de permettre un scan rapide de chaque page, avant que les exemplaires papier ne soient recyclés.
Cette méthode concernait des livres légalement achetés. Le juge chargé de l’affaire a estimé que cette numérisation destructive de copies acquises légalement relevait du « fair use » (usage loyal) dans le cadre du droit américain.
Une polémique qui s’ajoute à l’affaire des livres piratés
Ces révélations interviennent alors qu’Anthropic a accepté de verser 1,5 milliard de dollars pour mettre fin à un recours collectif portant sur le téléchargement de près de 7 millions de livres piratés provenant notamment de LibGen et Pirate Library Mirror. Cette transaction vise les accusations liées à l’acquisition illégale des œuvres numériques, et non au procédé de numérisation des livres achetés.
L’accord, validé par la justice américaine, constitue l’un des plus importants règlements jamais conclus dans une affaire de droit d’auteur.
Le vrai sujet
L’affaire mêle en réalité deux questions distinctes. D’un côté, la destruction de livres physiques achetés légalement pour les numériser, une pratique que la justice américaine a jugée licite dans ce dossier. De l’autre, l’utilisation de millions de copies piratées, qui a conduit Anthropic à conclure un accord financier massif avec les auteurs et ayants droit. Les critiques portent autant sur les méthodes employées que sur les enjeux éthiques liés à l’entraînement des modèles d’IA avec des œuvres protégées.
Les 3 choses à retenir
- Des documents judiciaires révèlent qu’Anthropic a acheté, découpé et numérisé des millions de livres dans le cadre du « Project Panama ».
- Des documents internes indiquaient que l’entreprise souhaitait garder ce projet confidentiel.
- Cette affaire est distincte du règlement de 1,5 milliard de dollars conclu pour mettre fin aux poursuites concernant le téléchargement de millions de livres piratés.














