Marie Portolano a livré un témoignage particulièrement fort devant la justice. Poursuivie pour diffamation par Pierre Ménès après la publication de son livre, la journaliste a réaffirmé les accusations qu’elle porte contre son ancien collègue de Canal+. Elle affirme notamment avoir été touchée à plusieurs reprises aux fesses et aux seins et explique avoir adopté une véritable « stratégie d’évitement » lorsqu’elle travaillait avec lui.
Les déclarations ont été faites lundi 7 septembre devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris.
Une situation judiciaire inhabituelle puisque c’est Pierre Ménès qui a engagé cette procédure en diffamation contre Marie Portolano après la publication, en mars 2024, de son livre Je suis la femme du plateau.
« J’ai souvent été touchée par Pierre Ménès »
À la barre, Marie Portolano est revenue sur son expérience lorsqu’elle travaillait à Canal+.
Très émue, la journaliste a affirmé :
« J’ai souvent été touchée par Pierre Ménès. »
Elle a ensuite décrit des gestes qui, selon elle, étaient récurrents, affirmant que l’ancien consultant touchait régulièrement ses fesses ou ses seins malgré son malaise et ses protestations.
Marie Portolano explique avoir fini par mettre en place une « stratégie d’évitement » afin de limiter les contacts avec son ancien collègue.
Elle affirme également que d’autres femmes travaillant autour des émissions auraient adopté des comportements similaires.
Ces déclarations constituent les accusations de Marie Portolano. Pierre Ménès conteste les faits qui lui sont reprochés.
Elle raconte également ce qui se serait passé pendant sa grossesse
La journaliste a livré un autre témoignage particulièrement marquant.
Elle affirme que lorsqu’elle était enceinte, Pierre Ménès regardait régulièrement si sa poitrine avait changé.
Marie Portolano a expliqué au tribunal qu’elle considérait l’ancien consultant comme quelqu’un à qui son entourage professionnel n’avait pas suffisamment imposé de limites.
Pour elle, le problème dépasse donc largement la personnalité de Pierre Ménès.
La journaliste met directement en cause l’environnement professionnel qui aurait, selon elle, permis pendant des années que de tels comportements perdurent.
Elle revient sur l’affaire de la jupe en 2016
Au cœur de l’affaire se trouve surtout une scène survenue le 28 août 2016 sur le plateau du Canal Football Club.
Marie Portolano accuse Pierre Ménès de lui avoir soulevé la jupe puis touché les fesses, hors antenne mais devant le public présent sur le plateau.
Elle a de nouveau raconté la scène devant le tribunal.
Après l’émission, les membres de l’équipe devaient poser pour une photo avec Antoine Griezmann, invité ce soir-là.
C’est à ce moment-là que Pierre Ménès lui aurait soulevé la jupe.
Marie Portolano affirme avoir immédiatement réagi en le frappant, avant de quitter le plateau très énervée.
Selon son avocat, trois témoignages directs, dont celui d’Hervé Mathoux, viennent corroborer son récit de cette scène.
Pierre Ménès a pour sa part déclaré par le passé ne pas se souvenir de cet épisode.
Pourquoi Marie Portolano se retrouve-t-elle elle-même devant la justice ?
C’est le paradoxe de cette affaire.
Marie Portolano n’était pas jugée lundi pour les faits qu’elle reproche à Pierre Ménès.
Elle comparaissait pour diffamation.
Trois mois après la publication de Je suis la femme du plateau en mars 2024, Pierre Ménès avait saisi la justice.
Deux passages de l’ouvrage sont notamment contestés.
Marie Portolano y évoque un homme qui aurait bénéficié de ce qu’elle décrit comme un « droit de cuissage » et qui se serait permis de toucher les femmes autour de lui.
Pierre Ménès n’est pourtant jamais nommé dans le livre, mais l’ancien consultant considère être identifiable et estime que ces passages portent atteinte à son honneur.
Pierre Ménès absent de l’audience
Autre particularité : Pierre Ménès n’était pas présent au procès qu’il avait lui-même initié.
L’ancien consultant avait demandé le report de l’audience en invoquant un rendez-vous médical prévu à Rennes.
Son avocate n’était pas présente non plus.
Le tribunal a finalement refusé la demande de renvoi, considérant que l’impératif médical invoqué n’était pas suffisamment justifié, et l’audience s’est donc tenue sans Pierre Ménès ni sa défense.
L’avocat de Marie Portolano, Me Christophe Bigot, a dénoncé une procédure qui revient selon lui à « poursuivre sa victime » et demandé que Pierre Ménès soit condamné pour abus de constitution de partie civile.
Le procureur considère Portolano « de bonne foi »
L’un des moments importants de l’audience est venu du ministère public.
Le procureur a estimé qu’il existait « une base factuelle suffisante » permettant à Marie Portolano de formuler ses accusations « en toute bonne foi ».
Cela ne constitue toutefois pas encore la décision du tribunal.
Le jugement dans cette procédure pour diffamation a été mis en délibéré au 4 novembre 2026.
Pierre Ménès doit être jugé le 16 novembre
Et l’histoire judiciaire ne s’arrêtera pas là.
Pierre Ménès doit lui-même comparaître devant le tribunal de Nanterre le 16 novembre 2026, notamment concernant les faits présumés dénoncés par Marie Portolano.
Il reste présumé innocent des faits qui doivent être examinés lors de cette audience.
Dans une autre affaire, l’ancien consultant avait été condamné en 2023 à deux mois de prison avec sursis pour agression sexuelle, tout en étant relaxé concernant deux autres accusations examinées lors de ce procès.
« Les vrais coupables sont les personnes qui l’ont laissé faire »
Mais la déclaration peut-être la plus importante de Marie Portolano concerne finalement Canal+ et, plus largement, le fonctionnement des rédactions sportives.
La journaliste explique que son objectif n’était pas de faire de Pierre Ménès l’unique sujet de son combat.
Son documentaire de 2021, Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste, donnait d’ailleurs la parole à 18 femmes sur le sexisme dans le journalisme sportif.
Selon elle, se concentrer uniquement sur Pierre Ménès revient à cacher « toute la forêt derrière l’arbre ».
À la barre, elle a ainsi estimé que les responsabilités dépassaient son ancien collègue et concernaient également les personnes ayant toléré les comportements qu’elle dénonce.
Le vrai sujet
Les « révélations » de Marie Portolano ne portent donc pas sur une nouvelle affaire totalement distincte.
La nouveauté réside surtout dans le niveau de détail de son témoignage devant la justice.
Jusqu’ici, l’affaire publique s’était largement concentrée sur la célèbre scène de la jupe du Canal Football Club.
Devant les juges, Marie Portolano affirme désormais très clairement que, selon elle, il ne s’agissait pas d’un événement isolé.
Elle décrit des gestes répétés, des contacts avec ses fesses et ses seins et une stratégie permanente pour éviter son collègue. Elle affirme également que certaines maquilleuses auraient subi des comportements similaires.
Ces accusations restent contestées par Pierre Ménès et devront être distinguées des faits définitivement établis judiciairement.
Deux dates seront désormais particulièrement importantes.
Le 4 novembre, le tribunal rendra sa décision sur la plainte en diffamation déposée contre Marie Portolano.
Puis le 16 novembre, Pierre Ménès doit comparaître à Nanterre dans la procédure concernant notamment les faits présumés dénoncés par la journaliste.
Les 3 choses à retenir
- Marie Portolano affirme devant la justice avoir subi des gestes répétés de Pierre Ménès, évoquant notamment des contacts avec ses fesses et ses seins et une « stratégie d’évitement ».
- Elle a également réaffirmé son récit de l’incident de 2016, lorsqu’elle accuse Ménès de lui avoir soulevé la jupe et touché les fesses sur le plateau du Canal Football Club. Selon son avocat, trois témoins directs corroborent cette scène.
- Pierre Ménès conteste les faits reprochés. Le jugement concernant sa plainte en diffamation contre Portolano est attendu le 4 novembre, tandis qu’il doit comparaître le 16 novembre dans la procédure portant notamment sur les faits présumés dénoncés par la journaliste.














