La déclaration surprend compte tenu de son portefeuille ministériel. Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, a affirmé sur CNEWS qu’elle ne considérait pas la théorie du « grand remplacement » comme raciste. Elle assure pourtant que cette théorie est « fausse » et « mensongère » concernant la France. Une position immédiatement contestée à gauche, notamment en raison de l’utilisation de récits de « remplacement » démographique par plusieurs terroristes suprémacistes blancs.
« Est-ce que la théorie du grand remplacement est raciste ? »
L’échange a eu lieu mercredi 9 septembre sur le plateau de CNEWS, face à Mathieu Bock-Côté.
Interrogée directement sur la théorie dite du « grand remplacement », Aurore Bergé répond :
« Non, je ne le crois pas. »
La ministre estime qu’il s’agit d’un « débat politique » et refuse donc de considérer que le simple fait de défendre cette thèse constitue nécessairement une expression raciste.
Une déclaration particulièrement commentée en raison de ses fonctions.
Aurore Bergé est actuellement ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations.
Mais Aurore Bergé affirme que le « grand remplacement » est faux
Une nuance essentielle doit toutefois être apportée.
La ministre ne dit pas que la théorie du grand remplacement est vraie.
Au contraire.
Au cours du même échange, elle déclare explicitement :
« La théorie du “grand remplacement” est fausse et mensongère concernant notre pays. »
Sa position est donc la suivante : elle rejette la théorie sur le fond, mais refuse de considérer qu’elle est intrinsèquement raciste.
C’est précisément cette distinction qui provoque aujourd’hui la controverse.
Qu’est-ce que la théorie du « grand remplacement » ?
L’expression a notamment été popularisée en France par l’écrivain Renaud Camus à partir des années 2010.
Elle désigne l’idée selon laquelle les populations européennes blanches seraient progressivement remplacées démographiquement et culturellement par des populations issues de l’immigration, notamment africaines et musulmanes.
Cette thèse occupe depuis plusieurs années une place importante dans certains courants de l’extrême droite française et internationale.
Aurore Bergé estime toutefois que la question doit rester dans le champ du débat politique.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’elle utilise cet exemple.
Lors d’une émission du 28 juin 2026, elle avait déjà interrogé ses interlocuteurs sur les conséquences qu’aurait une législation visant certains propos racistes sur des responsables politiques affirmant qu’un « grand remplacement » serait en cours en France.
Une théorie reprise par des terroristes d’extrême droite
La polémique ne porte cependant pas uniquement sur la politique française.
Des récits de « remplacement » démographique ou ethnique ont effectivement été invoqués par plusieurs auteurs d’attentats suprémacistes blancs.
Le cas le plus emblématique reste celui de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en 2019.
Brenton Tarrant a assassiné 51 personnes dans deux mosquées. Le manifeste qu’il avait diffusé avant son attaque était intitulé « The Great Replacement ».
D’autres tueurs d’extrême droite ont également repris des idées similaires autour d’un prétendu remplacement des populations blanches.
C’est notamment le cas de l’auteur de la tuerie d’El Paso en 2019, qui a tué 23 personnes, ainsi que de celui de Buffalo en 2022, qui a assassiné dix personnes.
Cela ne signifie évidemment pas que toute personne reprenant l’expression est responsable de ces crimes.
Mais cette histoire explique pourquoi la qualification de cette théorie constitue un sujet particulièrement sensible.
Thomas Portes attaque immédiatement la ministre
La réaction politique n’a pas tardé.
Le député LFI Thomas Portes a repris la séquence sur les réseaux sociaux en dénonçant vivement la réponse d’Aurore Bergé.
Il a notamment rappelé les attentats de Christchurch, El Paso et Buffalo et leurs références à des théories de remplacement racial ou ethnique.
D’autres élus de La France insoumise, dont Bastien Lachaud, ont également accusé la ministre de banaliser une idéologie qu’ils qualifient de raciste et complotiste.
Il s’agit ici de réactions politiques : elles ne constituent évidemment pas une qualification juridique des propos d’Aurore Bergé.
Une déclaration d’autant plus remarquée qu’elle lutte contre les discriminations
La polémique est amplifiée par le portefeuille de la ministre.
Le site officiel du gouvernement présente précisément Aurore Bergé comme ministre chargée de « l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations ».
Et le contraste est d’autant plus notable qu’elle dénonçait encore récemment une « libération de la parole raciste » en France.
Ses détracteurs lui reprochent donc de tracer une frontière artificielle entre la théorie elle-même et les implications raciales qu’ils lui attribuent.
Ses propos peuvent néanmoins se lire différemment : Bergé semble vouloir distinguer le caractère, selon elle, factuellement faux d’une théorie politique de la qualification automatique de tous ceux qui la défendent comme racistes.
Le vrai sujet
La polémique peut facilement être résumée par une formule : « Aurore Bergé affirme que le grand remplacement n’est pas raciste. »
Mais cette phrase, prise seule, ne restitue pas entièrement sa position.
Aurore Bergé dit simultanément deux choses.
Premièrement, elle rejette explicitement la théorie du « grand remplacement », qu’elle qualifie de « fausse et mensongère concernant notre pays ».
Deuxièmement, lorsqu’on lui demande si cette théorie est elle-même raciste, elle répond : « Non, je ne le crois pas », considérant qu’il s’agit d’un débat politique.
C’est cette seconde partie qui provoque la controverse.
Car les théories de remplacement démographique ont dépassé depuis longtemps le cadre des débats électoraux européens : elles ont également nourri la propagande de plusieurs terroristes suprémacistes blancs.
Le manifeste du terroriste de Christchurch en constitue l’exemple le plus célèbre.
Cela ne permet pas, à lui seul, de déterminer juridiquement qu’une idée ou toute personne qui l’exprime est « raciste ». Mais cela explique pourquoi les mots employés par la ministre chargée de lutter contre les discriminations sont particulièrement scrutés.
Le débat porte donc moins sur le fait de savoir si Aurore Bergé croit au « grand remplacement » — elle affirme clairement que non — que sur son refus de qualifier cette théorie de raciste.
Les 3 choses à retenir
- Aurore Bergé a répondu « Non, je ne le crois pas » lorsqu’on lui a demandé si la théorie du « grand remplacement » était raciste, estimant qu’il s’agissait d’un débat politique.
- La ministre rejette néanmoins cette théorie, qu’elle qualifie de « fausse et mensongère concernant notre pays ».
- Sa réponse provoque une polémique notamment parce que des récits de « remplacement » racial ou ethnique ont été invoqués par plusieurs terroristes suprémacistes blancs, et parce qu’Aurore Bergé est précisément ministre chargée de la lutte contre les discriminations.














