La facture pourrait encore s’alourdir pour les automobilistes français. Alors que le gazole tourne désormais autour de 2,30 euros le litre en moyenne nationale, certaines projections évoquent un prix pouvant approcher 2,53 euros dans les prochaines semaines si la flambée actuelle se poursuit. Mais ce scénario n’a rien d’une certitude : les professionnels du secteur insistent sur l’extrême volatilité du marché, directement dépendant de l’évolution du pétrole et des tensions au Moyen-Orient.
Le gazole tourne déjà autour de 2,30 euros
La hausse est désormais très concrète dans les stations-service.
Le 9 septembre, le gazole s’affichait en moyenne à 2,290 euros le litre en France, selon des données issues des prix déclarés par près de 9 800 stations.
Cela représente environ 11 centimes supplémentaires en un mois.
D’autres relevés effectués le 10 septembre plaçaient même la moyenne autour de 2,30 euros le litre.
PrixCarbu relevait ainsi 2,299 €/l, contre 2,243 €/l une semaine auparavant.
Pour un réservoir de 50 litres, un plein à 2,30 euros représente déjà environ 115 euros.
À 2,53 euros, la facture atteindrait 126,50 euros.
Soit plus de 11 euros supplémentaires à chaque plein par rapport au niveau actuel.
Le pétrole est repassé au-dessus des 100 dollars
La principale explication se trouve plusieurs milliers de kilomètres plus loin.
Le cours du pétrole s’est envolé avec l’aggravation des tensions au Moyen-Orient.
Le Brent a récemment franchi de nouveau la barre des 100 dollars le baril, après être tombé autour de 70 dollars au début du mois de juillet.
Le gouvernement français attribue lui-même la remontée des carburants à plusieurs facteurs : blocage persistant du détroit d’Ormuz, affrontements entre les États-Unis et l’Iran et fortes tensions sur le raffinage.
La situation géopolitique devient donc déterminante pour les automobilistes français.
Lorsque le pétrole brut augmente durablement, cette hausse finit généralement par se répercuter sur les prix des carburants.
Le détroit d’Ormuz au cœur des inquiétudes
Le principal point de tension reste le détroit d’Ormuz.
Cette voie maritime constitue l’un des passages les plus importants au monde pour le pétrole et le gaz.
Sa perturbation pèse directement sur les marchés énergétiques et alimente les craintes concernant l’approvisionnement.
Et un deuxième foyer d’inquiétude apparaît désormais autour de la mer Rouge et de Bab el-Mandeb, autre passage stratégique pour le transport maritime international.
Si les perturbations devaient simultanément s’aggraver sur plusieurs routes énergétiques majeures, la pression sur les prix pourrait s’accentuer.
2,53 euros dans un mois : attention à la projection
C’est ici qu’une nuance importante s’impose.
Il n’existe pas aujourd’hui de certitude que le gazole atteindra précisément 2,53 euros le litre dans un mois.
Les modèles de prévision disponibles donnent des résultats très différents.
Certaines projections envisagent une poursuite importante de la hausse si la situation géopolitique continue de se détériorer.
Mais d’autres sont nettement moins alarmistes.
Une estimation publiée récemment envisageait par exemple une hausse du gazole de seulement 2,55 % sur les 30 jours suivants.
À partir d’un prix actuel proche de 2,30 euros, une telle progression conduirait plutôt vers 2,36 euros le litre, et non 2,53 euros.
Les prévisions à très court terme restent également autour de 2,30 à 2,40 euros. Un modèle actualisé le 10 septembre estimait ainsi le gazole à 2,333 euros à quatre jours, avec une fourchette probable comprise entre 2,273 et 2,393 euros.
Les professionnels eux-mêmes restent prudents
Même les spécialistes du secteur reconnaissent la difficulté de prévoir l’évolution des prix.
Francis Pousse, président de la branche stations-service de Mobilians, expliquait récemment à l’AFP que les prix « faisaient le yoyo » et qu’il était « très difficile de prévoir » leur évolution.
Il évoquait même à ce moment-là une possible tendance à la baisse.
Cette incertitude s’explique facilement.
Le prix payé par l’automobiliste dépend du pétrole brut, mais également du taux de change euro-dollar, des coûts de raffinage, du transport, des marges de distribution et de la fiscalité.
Un apaisement géopolitique peut donc rapidement inverser la tendance.
À l’inverse, une nouvelle perturbation majeure de l’approvisionnement peut accélérer la hausse.
TotalEnergies maintient son plafond
Dans ce contexte, les stations TotalEnergies occupent une place particulière.
Patrick Pouyanné avait annoncé fin août que son groupe maintiendrait son plafonnement des prix tant que le conflit au Moyen-Orient durerait.
Le plafond est fixé à 1,99 euro le litre pour l’essence et 2,25 euros pour le gazole dans les stations concernées.
À mesure que la moyenne nationale augmente, l’écart avec ce plafond devient donc de plus en plus important.
Cela peut également provoquer une forte concentration des automobilistes vers les stations proposant les tarifs les moins élevés.
Le gouvernement a déjà prolongé ses aides
L’exécutif se prépare lui aussi à une crise énergétique qui pourrait durer.
Le gouvernement a prolongé en septembre et octobre plusieurs dispositifs destinés aux secteurs particulièrement touchés.
Les agriculteurs bénéficient notamment du renouvellement d’une aide de 15 centimes par litre, pour un coût estimé à 55 millions d’euros par mois.
Le dispositif destiné aux « grands rouleurs » modestes a également été prolongé.
Ces mesures montrent que les pouvoirs publics n’anticipent pas nécessairement un retour rapide aux prix observés avant la crise.
Le vrai sujet
Le gazole à 2,53 euros dans un mois est un scénario, pas un prix annoncé.
Cette distinction est essentielle.
Ce qui est déjà établi, en revanche, est suffisamment spectaculaire : le gazole est passé d’environ 2,18 euros à 2,29 euros en un mois selon les données issues des stations françaises.
Le 10 septembre, certains relevés le plaçaient même autour de 2,30 euros.
Et le pétrole a retrouvé la zone des 100 dollars le baril.
Pour atteindre 2,53 euros, il faudrait désormais une progression supplémentaire d’environ 10 % par rapport à un litre à 2,30 euros.
Ce scénario deviendrait plus crédible en cas de nouvelle flambée du pétrole, d’aggravation des problèmes de raffinage ou de perturbation supplémentaire des grandes routes d’approvisionnement.
Mais une détente au Moyen-Orient pourrait produire l’effet inverse.
Le chiffre de 2,53 euros ne doit donc pas être présenté comme le tarif que les Français paieront nécessairement en octobre.
La véritable information est que le gazole se trouve déjà autour de 2,30 euros et que la crise énergétique rend son évolution dans les prochaines semaines particulièrement imprévisible.
Les 3 choses à retenir
- Le gazole se vend actuellement autour de 2,30 euros le litre en moyenne, après une forte progression ces dernières semaines.
- Un gazole à 2,53 euros dans un mois constitue un scénario et non une prévision officielle certaine. D’autres modèles donnent actuellement des estimations nettement inférieures.
- La suite dépendra notamment du cours du pétrole, de la situation dans le détroit d’Ormuz et des tensions sur le raffinage et l’approvisionnement.














