Une campagne d’information massive va être lancée en France. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) va écrire personnellement à 1,6 million de femmes ayant pris une pilule contraceptive contenant du désogestrel 75 µg. En cause : un risque accru de méningiome, une tumeur qui se développe au niveau des membranes entourant le cerveau. L’autorité sanitaire insiste toutefois sur un point essentiel : le risque reste faible et les femmes concernées ne doivent pas interrompre leur contraception sans avis médical.
1,6 million de femmes vont recevoir un courrier
À partir du 14 septembre, 1,6 million de femmes en France vont recevoir un courrier nominatif de l’ANSM.
Il concernera les patientes auxquelles une contraception contenant du désogestrel 75 microgrammes a été prescrite.
Plusieurs pilules sont concernées, parmi lesquelles Cerazette, Optimizette, Antigone, Elfasette, ainsi que différentes versions génériques du désogestrel.
Les patientes ne seront pas les seules informées.
Environ 90 000 médecins ayant prescrit une contraception à base de désogestrel doivent également recevoir un courrier.
Quel est exactement le risque ?
L’alerte concerne le méningiome.
Il s’agit d’une tumeur qui se développe à partir des méninges, les membranes entourant le cerveau. Les méningiomes sont le plus souvent bénins, mais leur taille ou leur localisation peuvent entraîner des troubles neurologiques importants.
Le lien avec le désogestrel n’est pas une découverte de cette semaine.
Une importante étude française Epi-Phare publiée en décembre 2024 avait déjà identifié une augmentation du risque lors d’une utilisation prolongée du désogestrel 75 µg.
Les autorités sanitaires européennes ont depuis étudié ces données. En juillet 2026, l’Agence européenne des médicaments a recommandé d’intégrer le risque de méningiome dans les notices et les informations officielles de ces contraceptifs.
Un cas supplémentaire pour 67 000 femmes
Les chiffres permettent surtout de remettre cette alerte en perspective.
L’ANSM estime qu’il surviendrait environ un cas supplémentaire de méningiome pour 67 000 femmes utilisant ces médicaments.
L’étude Epi-Phare avait également montré que le risque augmente avec la durée d’exposition.
Après plus de cinq ans d’utilisation, l’ordre de grandeur observé atteint environ un cas pour 17 000 utilisatrices.
Après sept ans, le risque est environ deux fois supérieur à celui des femmes n’ayant pas utilisé ce contraceptif.
Les femmes de plus de 45 ans sont particulièrement concernées.
Le risque est également davantage surveillé chez celles ayant précédemment utilisé pendant une période prolongée certains autres progestatifs déjà connus pour augmenter le risque de méningiome.
Le risque disparaîtrait après l’arrêt
Un élément est plutôt rassurant.
Selon les données disponibles, l’augmentation du risque n’est plus observée un an après l’arrêt du désogestrel.
Et le niveau de risque constaté avec cette pilule reste très inférieur à celui associé à certains autres traitements progestatifs.
L’ANSM cite notamment Androcur, Lutényl, Lutéran, Colprone ou Depo Provera, pour lesquels les risques identifiés sont plus importants et peuvent nécessiter une surveillance systématique par imagerie cérébrale.
« Ce risque est faible, sans commune mesure avec celui de l’Androcur », a ainsi rappelé Isabelle Yoldjian, directrice médicale de l’ANSM.
Quels symptômes doivent alerter ?
L’objectif du courrier est également d’indiquer aux patientes les symptômes qui doivent les conduire à consulter.
L’ANSM recommande notamment de contacter un médecin en cas de :
- maux de tête persistants ;
- troubles de la vision ;
- faiblesse musculaire ;
- troubles de l’équilibre ;
- troubles du langage ;
- pertes de mémoire ;
- apparition ou aggravation de crises d’épilepsie.
Face à de tels symptômes, le médecin pourra décider de réaliser une IRM cérébrale.
Cela ne signifie évidemment pas qu’un mal de tête chez une femme utilisant cette contraception correspond automatiquement à un méningiome.
L’objectif est d’identifier les situations nécessitant un examen médical.
Faut-il arrêter immédiatement sa pilule ?
Non.
C’est probablement le message le plus important de l’ANSM.
L’autorité sanitaire demande explicitement aux utilisatrices de ne pas interrompre leur contraception sans en parler à un professionnel de santé, notamment en raison du risque de grossesse non désirée.
Les femmes concernées peuvent discuter de leur situation avec leur médecin, leur gynécologue ou leur sage-femme lors d’une consultation.
L’ANSM rappelle par ailleurs qu’une contraception doit normalement être réévaluée chaque année en fonction de l’âge, de l’état de santé et des besoins de la patiente.
Pourquoi l’alerte arrive-t-elle maintenant ?
Les premières données françaises importantes remontent à 2024.
L’étude Epi-Phare avait analysé les données de 8 391 femmes opérées d’un méningiome intracrânien entre 2020 et 2023, comparées à plus de 83 000 femmes témoins.
Les résultats avaient permis d’identifier le signal concernant l’utilisation prolongée du désogestrel.
Les données ont ensuite été examinées au niveau européen.
Après l’avis rendu cet été par l’Agence européenne des médicaments, les notices doivent désormais intégrer ce risque. L’ANSM franchit aujourd’hui une étape supplémentaire en informant directement les patientes.
Le vrai sujet
« 1,6 million de femmes alertées d’un risque de tumeur au cerveau » est évidemment une formulation impressionnante.
Mais deux chiffres doivent être lus ensemble : 1,6 million de femmes sont concernées par la campagne d’information, tandis que le risque individuel demeure faible.
Dans l’ensemble des utilisatrices, l’ordre de grandeur identifié est d’environ un cas supplémentaire de méningiome pour 67 000 femmes. Le risque augmente néanmoins avec une exposition prolongée, notamment au-delà de cinq ans.
C’est précisément pour cette raison que l’ANSM choisit d’informer massivement.
Un risque peut être très faible à l’échelle d’une personne tout en constituant un enjeu de santé publique lorsqu’un médicament est utilisé par un très grand nombre de patientes.
Il ne s’agit donc ni d’un retrait du marché, ni d’une consigne générale d’arrêter la pilule.
L’objectif est que les femmes puissent connaître ce risque, reconnaître d’éventuels symptômes et réévaluer leur contraception avec un professionnel de santé lorsque cela est nécessaire.
Cette nuance est essentielle pour éviter deux erreurs opposées : minimiser un risque désormais reconnu par les autorités sanitaires, ou au contraire provoquer l’inquiétude de millions de femmes en laissant croire qu’elles courent un danger immédiat.
Les 3 choses à retenir
- 1,6 million de femmes ayant pris une contraception contenant du désogestrel 75 µg vont recevoir un courrier de l’ANSM à partir du 14 septembre.
- Le désogestrel est associé à une augmentation faible du risque de méningiome, surtout après plusieurs années d’utilisation et chez les femmes de plus de 45 ans. L’ordre de grandeur est d’un cas supplémentaire pour environ 67 000 utilisatrices.
- L’ANSM demande de ne pas arrêter sa contraception sans avis médical. En cas de symptômes persistants ou neurologiques inhabituels, une consultation médicale est recommandée.














