Pendant plus de trois ans, Éric Roy a entraîné le Stade Brestois tout en menant dans le plus grand secret un combat contre un cancer du pancréas de stade 4. Près de trois mois après sa disparition à seulement 58 ans, son épouse Lœtitia raconte aujourd’hui les derniers mois et les derniers jours de l’ancien entraîneur brestois.
Un témoignage bouleversant qui révèle à quel point Éric Roy était physiquement diminué lors de ses dernières apparitions sur un terrain.
Jusqu’au bout, pourtant, l’entraîneur continuait à parler de football et imaginait encore préparer une nouvelle saison avec Brest.
Un cancer de stade 4 découvert après son arrivée à Brest
Éric Roy prend les commandes du Stade Brestois au début du mois de janvier 2023.
Quelques jours seulement après son arrivée, des douleurs abdominales persistantes le poussent à consulter.
Le diagnostic tombe : un cancer du pancréas de stade 4, avec des métastases.
Malgré la gravité de la situation, Éric Roy décide de continuer à entraîner.
Son épouse raconte que les médecins avaient même été surpris de voir le couple envisager de poursuivre normalement son activité professionnelle malgré une chimiothérapie particulièrement lourde.
Très peu de personnes sont mises au courant.
Le président de Brest Denis Le Saint, le directeur sportif Grégory Lorenzi et le médecin du club font notamment partie de ce cercle restreint.
Éric Roy ne veut ni pitié ni traitement de faveur.
Il cachait même sa chimiothérapie sous son manteau
Pendant plus de trois ans, une organisation extrêmement discrète se met alors en place.
Éric Roy se rend au CHU de Brest pour ses séances de chimiothérapie tout en continuant à entraîner son équipe.
Il doit parfois conserver pendant plusieurs jours un infuseur permettant d’administrer son traitement.
À l’entraînement, il le dissimule sous son manteau.
Son épouse résume cette double vie : devant ses joueurs, les journalistes et les supporters, il continuait à assurer son rôle. Une fois rentré chez lui, il pouvait enfin laisser apparaître son épuisement.
Il emmène Brest en Ligue des champions en pleine chimiothérapie
Ce qui rend son histoire encore plus incroyable, c’est ce qu’Éric Roy réussit parallèlement à accomplir sportivement.
Après avoir maintenu Brest en Ligue 1, il conduit le club à une historique troisième place en championnat, synonyme de qualification pour la Ligue des champions.
Il est également élu meilleur entraîneur de Ligue 1 aux Trophées UNFP.
Pendant l’aventure européenne de Brest, les séances de chimiothérapie sont adaptées autant que possible au calendrier des matchs.
Avant certaines rencontres, Éric Roy doit même s’isoler pour gérer les effets secondaires de son traitement avant de rejoindre son groupe.
Lors de ses derniers matchs, il arrivait à peine à marcher
Au printemps 2026, son état se dégrade fortement.
Lœtitia Roy raconte qu’à la fin de la saison, son mari éprouvait d’énormes difficultés à marcher.
Ses jambes étaient extrêmement lourdes et il portait des collants de contention.
Cette fois, certains joueurs comprennent que leur entraîneur traverse quelque chose de particulièrement grave.
Lors d’une séquence devant les supporters brestois, Kamory Doumbia doit notamment aider son entraîneur à lever le bras, tant celui-ci est épuisé.
Mais dans l’esprit d’Éric Roy, la saison suivante existe encore.
Après la fin du championnat, il rentre à Nice avec l’idée de se reposer avant de repartir.
Son épouse, elle, comprend que la situation est devenue beaucoup plus grave.
« Papa, c’est pour bientôt »
Lœtitia Roy contacte alors ses enfants pour leur demander de revenir.
Éric Roy envisage encore de retourner au moins une fois à Brest.
Finalement, son épouse le convainc d’appeler les membres de son staff et plusieurs joueurs cadres pour leur révéler ce qu’il leur avait caché pendant toutes ces années.
Puis vient cette phrase.
Un jour, alors que le couple se trouve assis sur un canapé dans le jardin, Éric Roy confie à sa femme qu’il a compris :
« En fait, c’est le dernier été que je vais passer sur Terre. »
Ses derniers mots à ses enfants
Les derniers jours sont particulièrement difficiles.
Éric Roy souhaite néanmoins parler à ses enfants.
Il leur explique qu’il part sans regrets, convaincu d’avoir vécu en donnant une place centrale à sa passion et que celle-ci l’avait rendu heureux.
Ses enfants lui répondent en évoquant ce qu’il leur a transmis : l’autonomie et l’indépendance.
Lœtitia accompagne elle aussi son mari jusqu’au bout.
Elle lui explique qu’il a porté leur famille très haut et qu’il peut désormais partir en paix.
Après 37 années de vie commune, elle doit accepter la disparition de celui avec qui elle imaginait encore devenir grand-parent et vieillir.
Éric Roy meurt finalement le 17 juin 2026, à l’âge de 58 ans.
Le vrai sujet
L’histoire d’Éric Roy prend aujourd’hui une dimension complètement différente.
Pendant que le public voyait un entraîneur sauver Brest, qualifier le club pour la première Ligue des champions de son histoire et vivre des soirées européennes exceptionnelles, Éric Roy suivait parallèlement une chimiothérapie contre un cancer du pancréas de stade 4.
Il avait choisi de ne pas rendre sa maladie publique.
Pas parce qu’il la niait, mais parce qu’il refusait que son cancer définisse la manière dont les autres le regardaient.
Il ne voulait pas devenir « le malade » du vestiaire.
Cette décision permet aussi de comprendre rétrospectivement certaines images de ses derniers mois : son épuisement, ses difficultés physiques et cette dernière saison qu’il aura menée presque jusqu’au bout malgré la progression de la maladie.
Et peut-être que sa dernière confidence résume mieux que tout le moment où le combattant a finalement compris qu’il ne pourrait plus gagner cette bataille :
« C’est le dernier été que je vais passer sur Terre. »
Les 3 choses à retenir
- Éric Roy souffrait d’un cancer du pancréas de stade 4 depuis le début de son aventure à Brest, mais avait choisi de garder sa maladie secrète auprès de l’immense majorité des joueurs et du public.
- Malgré ses chimiothérapies, il a continué à entraîner et a notamment conduit le Stade Brestois jusqu’à une qualification historique en Ligue des champions.
- Très affaibli durant ses dernières semaines, il a finalement compris que la fin approchait et a confié à son épouse : « C’est le dernier été que je vais passer sur Terre. » Éric Roy est décédé le 17 juin 2026 à 58 ans.














