L’Algérie a choisi l’un des endroits les plus hostiles du Sahara pour enfermer ses principaux narcotrafiquants. Une caserne militaire située dans le désert du Tanezrouft, à l’extrême sud-ouest du pays, va être transformée en prison de haute sécurité réservée aux barons de la drogue et aux trafiquants de stupéfiants.
La décision a été prise mercredi 2 septembre lors d’une réunion du Haut Conseil de sécurité présidée par le président Abdelmadjid Tebboune.
Et le choix du lieu est particulièrement spectaculaire : le Tanezrouft est une immense étendue désertique quasiment inhabitée, située près de la frontière avec le Mali, où les températures peuvent dépasser les 50°C pendant l’été.
Une caserne militaire transformée en prison de haute sécurité
Il ne s’agit pas de construire un établissement pénitentiaire entièrement nouveau.
Le projet annoncé par les autorités consiste à transformer une caserne de l’Armée nationale populaire déjà présente dans le Tanezrouft.
Selon le communiqué de la présidence rapporté par plusieurs médias algériens, l’établissement sera destiné aux « barons de la drogue et aux trafiquants ».
À ce stade, les autorités n’ont toutefois communiqué ni la capacité de la future prison, ni sa date d’ouverture, ni les modalités précises de son fonctionnement.
Pourquoi le Tanezrouft est-il aussi hostile ?
Le choix de cette région est loin d’être anodin.
Le Tanezrouft s’étend dans le Sahara entre l’Algérie et le Mali. Sa partie algérienne court sur plusieurs centaines de kilomètres dans l’extrême sud-ouest du pays.
La région est connue pour son aridité extrême, son absence presque totale de végétation et son manque d’eau.
Les températures estivales peuvent y dépasser les 50°C.
Le paysage est constitué de vastes plateaux rocheux, de dunes, de zones salines et de reliefs désertiques.
La région est si inhospitalière qu’elle est parfois surnommée le « pays de la soif » ou encore la « terre de la terreur ».
Un désert quasiment inhabité
L’isolement est probablement l’aspect le plus impressionnant du projet.
Le Tanezrouft est quasi inhabité. Dans certaines zones, aucune habitation permanente n’est recensée et seuls des populations nomades traversent occasionnellement ces immensités désertiques.
L’établissement pénitentiaire se retrouvera donc dans un environnement radicalement différent des prisons situées à proximité des grandes villes algériennes.
Cet isolement géographique devrait naturellement compliquer considérablement toute tentative d’évasion, même si les autorités n’ont pas publiquement détaillé les raisons opérationnelles ayant conduit au choix précis de cette caserne.
Une réponse à l’essor du narcotrafic
Cette future prison s’inscrit dans une stratégie plus large des autorités algériennes contre les stupéfiants.
Lors de la même réunion du Haut Conseil de sécurité, l’Algérie a également décidé de créer un organisme sécuritaire spécialisé dans la lutte antidrogue.
La présidence a explicitement évoqué les structures existant dans d’autres pays, notamment la Drug Enforcement Administration (DEA) américaine.
Les autorités algériennes alertent depuis plusieurs années sur l’augmentation du trafic et de la consommation de stupéfiants.
Le pays dispose d’environ 6 400 kilomètres de frontières terrestres, ce qui représente un enjeu considérable en matière de surveillance des différents trafics transfrontaliers.
Plus de 10 millions de capsules saisies en août
Quelques jours avant l’annonce, les autorités avaient justement communiqué sur une saisie particulièrement importante.
Le 21 août, elles avaient annoncé l’interception de plus de 10 millions de capsules de prégabaline, ainsi que de plus de 33 kilogrammes de cocaïne.
L’opération avait été présentée comme une saisie record.
C’est dans ce contexte que le gouvernement algérien veut désormais renforcer à la fois ses capacités d’enquête et son dispositif carcéral destiné aux principaux acteurs du narcotrafic.
Un « Alcatraz algérien » ?
La comparaison commence déjà à circuler dans la presse algérienne.
TSA évoque ainsi un « Alcatraz algérien », en référence à l’ancienne prison américaine installée sur une île de la baie de San Francisco et réputée extrêmement difficile à fuir.
La comparaison reste évidemment journalistique : les autorités algériennes n’ont pas officiellement présenté l’établissement sous ce nom.
Mais géographiquement, le principe est comparable : utiliser l’isolement naturel du lieu comme élément supplémentaire de sécurité.
À Tanezrouft, il n’y aura pas d’océan autour des détenus.
Il y aura le Sahara.
Le vrai sujet
Au-delà du caractère spectaculaire d’une prison installée dans un désert où les températures dépassent 50°C, la véritable information est le durcissement de la politique algérienne contre le narcotrafic.
Deux décisions majeures ont été prises simultanément : créer un organisme sécuritaire spécialisé et isoler les principaux trafiquants dans un établissement de haute sécurité extrêmement éloigné des grands centres urbains.
Il faut néanmoins éviter d’aller plus loin que ce qu’a réellement annoncé Alger.
On ne connaît encore ni la date d’ouverture, ni le nombre de détenus, ni les conditions de détention prévues dans le Tanezrouft.
Et les températures extrêmes de la région ne signifient évidemment pas que les prisonniers seront directement exposés à celles-ci : aucune information officielle ne décrit encore les équipements ou la climatisation de l’établissement.
Pour l’heure, une chose est certaine : l’Algérie veut envoyer ses principaux narcotrafiquants dans l’une des régions les plus isolées et inhospitalières du Sahara.
Les 3 choses à retenir
- L’Algérie va transformer une caserne militaire du Tanezrouft en prison de haute sécurité destinée aux « barons de la drogue et aux trafiquants ».
- Le Tanezrouft est un désert quasi inhabité de l’extrême sud-ouest algérien, près du Mali, où les températures peuvent dépasser 50°C en été.
- En parallèle, Alger va créer un organisme sécuritaire spécialisé dans la lutte antidrogue, inspiré notamment du modèle de la DEA américaine.














