Le réalisateur israélien Nadav Lapid a décidé de renoncer à sa participation au Festival international de cinéma de Marseille (FID) après une vive polémique.
Une dizaine de réalisateurs ont retiré leurs films ou menacé de le faire pour protester contre sa présence. Face à la pression grandissante, le cinéaste a finalement préféré se retirer.
Mais derrière cette affaire se cache une question bien plus large : jusqu’où peut aller le boycott culturel lié à la guerre à Gaza ?
Un réalisateur loin d’être un soutien du gouvernement israélien
C’est ce qui rend cette affaire particulièrement complexe.
Nadav Lapid n’est pas considéré comme un proche du gouvernement de Benjamin Netanyahou. Bien au contraire.
Installé en France depuis plusieurs années, le réalisateur s’est souvent montré extrêmement critique envers la politique israélienne. Son dernier film, Yes, est même présenté comme une dénonciation de la radicalisation de la société israélienne après le 7 octobre 2023.
Au fil de sa carrière, Lapid s’est imposé comme l’une des voix les plus contestataires du cinéma israélien contemporain.
Pourquoi certains réalisateurs ont demandé son exclusion
Pour les partisans du boycott, le problème ne concerne pas uniquement les opinions personnelles du cinéaste.
Certains opposants estiment que son film Yes a bénéficié du soutien de l’Israel Film Fund, un organisme qu’ils associent indirectement à l’État israélien.
Pour eux, dans le contexte actuel de la guerre à Gaza, aucune collaboration avec une structure liée à Israël ne devrait être acceptée dans les manifestations culturelles internationales.
Résultat : plusieurs cinéastes ont décidé de retirer leurs œuvres du festival pour protester contre sa présence.
Le paradoxe qui divise le monde culturel
C’est là que le débat devient explosif.
Car Nadav Lapid fait partie des artistes israéliens qui dénoncent publiquement la politique de leur gouvernement.
Il a notamment signé des appels en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza et critique régulièrement les autorités israéliennes.
Pour ses soutiens, boycotter un artiste qui combat déjà les positions du gouvernement israélien revient à affaiblir l’une des rares voix critiques venant d’Israël.
Plusieurs professionnels du cinéma ont d’ailleurs signé une tribune intitulée « Le cinéma n’est pas une ambassade » afin de défendre sa participation au festival.
“Qu’un artiste boycotte un artiste, c’est extrêmement violent”
Cette phrase, reprise dans plusieurs réactions au sein du monde culturel, résume parfaitement le malaise.
Habituellement, les boycotts visent des institutions, des États ou des entreprises.
Lorsqu’ils visent directement un créateur, le débat devient beaucoup plus sensible.
Pour certains, il s’agit d’un acte politique nécessaire.
Pour d’autres, cela crée un précédent inquiétant où l’identité nationale d’un artiste finit par peser davantage que son œuvre ou ses prises de position personnelles.
Un symbole des fractures actuelles
Au fond, l’affaire Nadav Lapid dépasse largement le cadre du cinéma.
Elle illustre les divisions qui traversent aujourd’hui le monde culturel face au conflit israélo-palestinien.
Faut-il juger un artiste pour les actes de son gouvernement ?
Un opposant politique doit-il être traité différemment ?
Le boycott culturel est-il encore un outil efficace ou risque-t-il de faire taire certaines voix critiques ?
Autant de questions auxquelles le monde du cinéma peine aujourd’hui à répondre.
Les 3 choses à retenir
- Nadav Lapid s’est retiré du FID Marseille après le boycott d’une dizaine de réalisateurs.
- Le réalisateur israélien est pourtant connu pour ses critiques virulentes du gouvernement de Benjamin Netanyahou.
- L’affaire relance le débat sur les limites du boycott culturel lié à la guerre à Gaza.














