La tension monte à nouveau dans les stations-service françaises. Alors que le baril de Brent a franchi la barre symbolique des 100 dollars sur les marchés, les prix de l’essence et du diesel repartent fortement à la hausse. Certaines stations connaissent désormais des ruptures de carburant. TotalEnergies maintient de son côté son dispositif de plafonnement, avec l’essence limitée à 1,99 euro le litre et le gazole à 2,25 euros dans son réseau en France hexagonale.
Le baril de pétrole repasse au-dessus des 100 dollars
La barre symbolique est franchie.
Après avoir dépassé les 99 dollars mardi, le Brent a franchi les 100 dollars le baril, sur fond de nouvelles tensions au Moyen-Orient et d’inquiétudes concernant l’approvisionnement mondial.
Le marché pétrolier reste notamment perturbé par la situation autour du détroit d’Ormuz, passage absolument stratégique pour les hydrocarbures mondiaux.
Avant le conflit actuel au Moyen-Orient, environ un cinquième de l’offre mondiale de pétrole transitait par ce détroit. Sa circulation est aujourd’hui quasiment à l’arrêt, rapporte Le Monde.
À cela s’ajoutent les attaques des Houthis contre des villes et des installations énergétiques d’Arabie saoudite, qui renforcent les craintes d’une extension régionale du conflit.
Conséquence : la tension sur le marché du pétrole se répercute directement sur les automobilistes.
L’essence atteint 2,12 euros le litre en moyenne
Les prix à la pompe ont déjà fortement augmenté.
Mardi 8 septembre, le litre de SP95-E10 atteignait environ 2,12 euros en moyenne en France, soit près de 40 centimes de plus qu’à la fin du mois de février.
Le gazole est quant à lui remonté autour de 2,28 euros le litre, soit environ 56 centimes supplémentaires par rapport au 28 février.
Pour un plein de 50 litres, une hausse de 40 centimes représente 20 euros supplémentaires.
Et pour les automobilistes roulant au diesel, 56 centimes supplémentaires représentent 28 euros de plus sur un plein de 50 litres par rapport aux prix de fin février.
Une augmentation particulièrement lourde pour les ménages qui doivent utiliser quotidiennement leur véhicule pour travailler.
7 % des stations françaises rencontrent des difficultés
Autre phénomène particulièrement surveillé : les ruptures de carburant.
Selon le site officiel gouvernemental des prix des carburants, 93 % des stations ne connaissaient aucune difficulté ce mercredi 9 septembre à 9 heures.
Cela signifie donc que 7 % des stations-service françaises étaient en difficulté sur au moins un produit, essence ou gazole.
La situation varie fortement selon les régions.
En Île-de-France, 11 % des stations étaient concernées.
Même proportion dans les Pays de la Loire, tandis que le Centre-Val de Loire atteignait 12 % et la Bourgogne-Franche-Comté et le Grand Est 10 %.
Il ne s’agit donc pas d’une pénurie générale en France : plus de neuf stations sur dix fonctionnent normalement.
Mais les difficultés sont suffisamment importantes pour être visibles localement.
« Toutes les pompes sont hors service »
À Vanves, dans les Hauts-de-Seine, LCI a par exemple constaté ce mercredi matin qu’une station TotalEnergies avait ses cuves vides.
« Toutes les pompes sont hors service », rapporte la journaliste présente sur place.
Les automobilistes arrivaient à la station avant de devoir repartir sans pouvoir faire le plein.
Et la raison avancée est assez paradoxale : les prix plafonnés par TotalEnergies attirent énormément de clients.
Dans cette station, l’essence était affichée à 1,99 euro le litre et le diesel à 2,25 euros avant l’épuisement des stocks.
Avec un SP95-E10 vendu autour de 2,12 euros en moyenne nationale, l’écart devient suffisamment important pour pousser certains automobilistes à privilégier massivement les stations du groupe.
TotalEnergies bloque l’essence à 1,99 euro
TotalEnergies avait réactivé son plafonnement national dès le 22 juillet face à la nouvelle hausse des cours internationaux.
Dans ses stations de France hexagonale, le groupe plafonne actuellement :
l’essence à 1,99 €/litre ;
le diesel à 2,25 €/litre.
Cela ne signifie pas que chaque carburant coûte systématiquement ce prix.
Il s’agit d’un maximum : si le prix de marché est inférieur, le carburant peut naturellement être vendu moins cher.
Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a indiqué fin août que ce plafonnement serait maintenu « tant que le conflit au Moyen-Orient durera », sous réserve notamment de l’absence d’une nouvelle taxe exceptionnelle sur les bénéfices du groupe.
Une économie qui commence à devenir importante
Avec les prix actuels, le dispositif devient nettement plus intéressant qu’il y a quelques mois.
Si l’on compare simplement une essence moyenne à 2,12 €/L avec le plafond TotalEnergies de 1,99 €/L, l’écart atteint environ 13 centimes.
Sur un plein de 50 litres, cela représente environ 6,50 euros d’économie.
Pour le diesel, avec une moyenne autour de 2,28 euros contre un plafond TotalEnergies de 2,25 euros, l’écart moyen est pour l’instant beaucoup plus limité.
Mais ces moyennes cachent d’importantes différences entre stations.
Et si le pétrole reste durablement autour ou au-dessus des 100 dollars, la pression sur les prix pourrait continuer.
Le gouvernement réunit les distributeurs
La situation commence également à devenir un sujet politique.
Face à la flambée du pétrole et aux difficultés rencontrées dans certaines stations, le ministre de l’Économie Roland Lescure doit recevoir les distributeurs de carburants à Bercy ce mercredi après-midi.
Une question se pose notamment : faut-il aller plus loin et généraliser une forme de plafonnement des prix ?
Le gouvernement a déjà prolongé jusqu’au 30 septembre le dispositif destiné aux « grands rouleurs », avec une aide de 100 euros pour près de trois millions de travailleurs sous conditions de revenus. Des aides sectorielles ont également été reconduites pour les pêcheurs, agriculteurs et professionnels du BTP.
Le vrai sujet
Le chiffre des 100 dollars le baril est spectaculaire, mais le problème le plus concret pour les Français se trouve désormais à la pompe.
L’essence la plus consommée atteint environ 2,12 euros le litre, tandis que le gazole tourne autour de 2,28 euros.
Et un phénomène inhabituel apparaît : les stations les moins chères peuvent être victimes de leur succès.
Le plafonnement de TotalEnergies attire les automobilistes lorsque les concurrents dépassent largement les 2 euros. Cela peut provoquer localement une consommation beaucoup plus rapide des stocks, comme observé ce mercredi à Vanves.
Il faut toutefois éviter de parler pour l’instant de « pénurie nationale ».
Les chiffres officiels montrent exactement l’inverse : 93 % des stations françaises ne connaissent aucune difficulté d’approvisionnement ce mercredi matin.
La situation est donc celle de ruptures localisées, avec 7 % des stations touchées sur au moins un produit.
Le véritable risque serait désormais que les tensions géopolitiques persistent, maintenant durablement le pétrole autour des 100 dollars et obligeant les distributeurs à répercuter davantage la hausse.
Car quelques dizaines de centimes supplémentaires par litre peuvent rapidement représenter plusieurs centaines d’euros par an pour un ménage dépendant de sa voiture.
Les 3 choses à retenir
- Le Brent a franchi les 100 dollars le baril, dans un contexte de fortes tensions sur l’approvisionnement pétrolier au Moyen-Orient.
- 7 % des stations-service françaises rencontrent une difficulté d’approvisionnement sur au moins un carburant ce mercredi matin. Il s’agit de ruptures localisées et non d’une pénurie généralisée.
- TotalEnergies plafonne l’essence à 1,99 €/L et le diesel à 2,25 €/L dans ses stations de France hexagonale. Certaines stations plafonnées sont particulièrement sollicitées et peuvent se retrouver temporairement à sec.














