L’enquête progresse après le spectaculaire déraillement d’un TER vendredi 11 septembre à Cléon, en Seine-Maritime, qui a fait 44 blessés. Le conducteur du train affirme avoir aperçu juste avant l’impact un morceau de rail posé « très légèrement en travers » de la voie. Long d’environ cinq mètres et pesant près de 300 kilos, cet élément pourrait avoir provoqué le déraillement. Reste désormais la question essentielle : comment s’est-il retrouvé là ? Les enquêteurs n’écartent ni l’acte volontaire ni une origine accidentelle.
Le conducteur affirme avoir vu quelque chose sur les rails
C’est un témoignage particulièrement important pour l’enquête.
Le conducteur du TER a indiqué avoir aperçu un objet sur la voie quelques instants avant le déraillement.
Selon les informations relayées par plusieurs médias à partir notamment de la CGT Cheminots de Seine-Maritime, il aurait décrit un morceau de rail placé « très légèrement en travers » des rails.
À la vitesse à laquelle circulait le TER, il était alors trop tard pour éviter l’obstacle.
Les dépistages d’alcool et de stupéfiants réalisés sur le conducteur après l’accident se sont tous révélés négatifs, avait précisé dès vendredi le parquet de Rouen.
Un morceau de rail de 5 mètres et 300 kilos
L’objet retrouvé est particulièrement imposant.
Selon Le Monde, le TER a percuté un morceau de rail d’environ cinq mètres de long et pesant près de 300 kilos, qui se trouvait sur la voie.
Le parquet de Rouen avait confirmé samedi que l’« hypothèse principale » concernant la cause physique du déraillement était bien « la présence – sur un des rails de la voie – d’un morceau de rail ».
La police estime également que cette pièce métallique est « probablement » liée au déraillement.
Il reste cependant à déterminer pourquoi et comment un objet aussi lourd s’est retrouvé à cet endroit.
44 blessés parmi les 186 passagers
L’accident s’est produit vendredi 11 septembre vers 19h45, au niveau de Cléon, entre les gares de Tourville et Elbeuf-Saint-Aubin.
Le TER assurait la liaison entre Rouen et Caen et transportait 186 voyageurs.
Le bilan fait état de 44 blessés. Une jeune femme de 18 ans avait initialement été évacuée en « urgence absolue » par hélicoptère vers le CHU de Rouen. Son pronostic vital n’était toutefois pas engagé.
Dimanche, deux personnes étaient toujours hospitalisées, selon les informations communiquées par le parquet de Rouen.
Les images prises après l’accident montrent l’ampleur du choc : une partie du train s’est retrouvée couchée sur le côté et plusieurs vitres ont été brisées.
« Je me suis dit que j’allais mourir »
Les témoignages des passagers donnent également une idée de la violence du déraillement.
« C’était les dix secondes les plus longues de ma vie », a raconté Nils, qui se trouvait dans le deuxième wagon.
Il décrit des passagers secoués dans tous les sens, des vitres brisées et des pierres provenant de la voie projetées dans le wagon.
Une autre passagère de 18 ans raconte avoir rouvert les yeux alors que le wagon était retourné et que les voyageurs se retrouvaient les uns sur les autres.
« On a cru mourir », témoigne-t-elle.
Un acte volontaire ? Laurent Nuñez appelle à la prudence
C’est désormais la grande question de l’enquête.
Quelqu’un a-t-il volontairement placé ce morceau de rail sur la voie pour provoquer un accident ?
Certains premiers éléments ont renforcé la piste d’une malveillance. Libération rapportait samedi, selon ses informations, que l’objet aurait été volontairement posé ou fixé sur les rails.
Mais les autorités judiciaires restent beaucoup plus prudentes.
Le procureur de Rouen, Sébastien Gallois, a souligné que les causes de la présence de ce morceau de rail demeuraient inconnues et devaient être déterminées par l’enquête.
Ce dimanche 13 septembre, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a lui aussi insisté sur cette prudence.
« Aucune n’est privilégiée, mais cela veut dire qu’aucune n’est écartée », a-t-il déclaré concernant les différentes hypothèses.
Le morceau de rail aurait-il pu tomber d’un autre train ?
Les enquêteurs doivent notamment examiner une autre possibilité : celle d’un accident.
Un train de fret transportant du matériel ferroviaire aurait-il pu perdre cette pièce avant le passage du TER ?
Cette hypothèse fait partie des scénarios étudiés, parallèlement à celle d’un dépôt volontaire.
Des analyses techniques doivent notamment permettre de comprendre l’origine exacte du morceau de rail, sa position avant le choc et les circonstances dans lesquelles il est arrivé sur la voie.
Des relevés ont été réalisés sur les lieux et de nombreuses réquisitions en matière de téléphonie et de vidéoprotection ont également été lancées.
La piste terroriste n’est pas établie
La prudence est particulièrement importante face aux nombreuses spéculations apparues après l’accident.
Certains responsables politiques ont rapidement évoqué un sabotage, voire un attentat.
Laurent Nuñez a jugé dimanche ces conclusions prématurées.
À ce stade, aucun élément rendu public ne permet d’affirmer qu’une organisation terroriste, une mouvance politique ou un groupe particulier est responsable du déraillement.
Même si l’enquête démontrait que le morceau de rail a été volontairement placé sur la voie, il faudrait encore identifier l’auteur, son intention et son éventuel mobile avant de pouvoir qualifier précisément les faits.
Le trafic toujours fortement perturbé
L’accident a également de lourdes conséquences pour les voyageurs normands.
La circulation ferroviaire reste interrompue entre Rouen et Elbeuf, tandis que les lignes Rouen-Caen et Caen-Le Havre sont fortement affectées.
La SNCF doit à la fois permettre aux enquêteurs de travailler sur les lieux et réparer les importants dégâts provoqués par le déraillement.
Aucune date définitive de reprise normale du trafic n’était encore annoncée dans les dernières informations disponibles.
Le vrai sujet
La découverte du morceau de rail change évidemment la nature de l’enquête.
On ne cherche plus seulement à comprendre pourquoi mécaniquement un TER a quitté les voies : les investigations doivent désormais expliquer pourquoi un morceau de rail de cinq mètres et d’environ 300 kilos se trouvait précisément sur sa trajectoire.
Le témoignage du conducteur renforce l’idée que l’obstacle était présent avant son passage.
Mais il ne répond pas à la question la plus importante : a-t-il été volontairement placé là ?
Deux niveaux doivent donc être clairement distingués.
Le premier concerne la cause immédiate de l’accident. Le morceau de rail retrouvé sur la voie est désormais considéré comme probablement lié au déraillement.
Le second concerne l’origine de cet obstacle. Et sur ce point, l’enquête n’a pas encore apporté de réponse définitive.
La possibilité d’un acte malveillant est étudiée sérieusement. Mais une origine accidentelle, notamment liée au passage d’un autre convoi, doit également être vérifiée.
C’est pourquoi parler dès maintenant de « sabotage » ou d’« attentat » comme d’un fait établi serait prématuré.
Avec 186 personnes à bord et 44 blessés, l’accident aurait pu avoir des conséquences beaucoup plus dramatiques.
L’enquête devra désormais déterminer si la France a échappé de peu à une catastrophe ferroviaire provoquée volontairement, ou si une succession exceptionnelle de circonstances accidentelles explique la présence de cette pièce de 300 kilos sur les rails.
Les 3 choses à retenir
- Le conducteur du TER affirme avoir aperçu un morceau de rail sur la voie juste avant le déraillement. Cette pièce d’environ cinq mètres et 300 kilos pourrait être à l’origine de l’accident.
- Le TER Rouen-Caen transportait 186 personnes et le déraillement a fait 44 blessés, dont une jeune femme initialement prise en charge en urgence absolue.
- L’origine du morceau de rail reste inconnue. Acte volontaire et origine accidentelle font partie des hypothèses examinées, et les autorités demandent de ne pas conclure prématurément à un sabotage ou à un attentat.














