Le prix du paquet de cigarettes pourrait cesser d’augmenter sous l’effet de la fiscalité si Marine Le Pen arrivait à l’Élysée en 2027. La candidate du Rassemblement national promet de « stopper l’escalade fiscale » sur le tabac en gelant les taxes et en mettant fin à leur indexation sur l’inflation.
Marine Le Pen a détaillé cette proposition dans une lettre ouverte adressée aux buralistes, publiée à la veille d’une semaine de mobilisation nationale de la profession.
La candidate à l’élection présidentielle de 2027 estime que la politique consistant à augmenter régulièrement le prix du tabac atteint désormais ses limites.
Son premier engagement est particulièrement clair :
« Je défends donc le gel du prix du tabac et la suppression de son indexation automatique sur l’inflation. »
Marine Le Pen veut « stopper l’escalade fiscale »
La candidate du RN part d’un constat : selon elle, la hausse continuelle des prix pousse une partie des consommateurs vers les achats à l’étranger et le marché parallèle.
Dans sa lettre, elle affirme que le prix du tabac a augmenté de 90 % en dix ans et soutient que près d’une cigarette sur deux consommée en France échapperait désormais au réseau légal.
Elle en conclut qu’il faut « changer de méthode ».
« L’augmentation permanente du prix du tabac ne peut tenir lieu, à elle seule, de politique publique », écrit Marine Le Pen.
Son engagement comporte donc deux dimensions : empêcher de nouvelles hausses fiscales et supprimer le mécanisme d’indexation lié à l’inflation.
Est-ce que le prix des cigarettes serait réellement bloqué ?
C’est là qu’une nuance importante s’impose.
Le prix du paquet n’est pas constitué uniquement de taxes.
Les fabricants conservent une latitude dans la fixation des prix de leurs produits, tandis que la fiscalité représente une part considérable du prix payé par le consommateur.
Selon un rapport du Sénat cité par l’AFP, sur un paquet « premium » vendu 12,50 euros, environ 10,50 euros revenaient à l’État sous forme d’accises et de TVA, contre environ un euro pour le buraliste et un euro de marge pour le fabricant.
Un gel fiscal aurait donc un impact majeur sur la trajectoire du prix, sans signifier nécessairement qu’aucune marque ne pourrait jamais modifier son tarif.
D’ailleurs, la lettre de Marine Le Pen va plus loin que le simple « gel des taxes » relayé dans les médias : elle écrit explicitement défendre « le gel du prix du tabac ».
Pourquoi le prix du tabac est-il lié à l’inflation ?
Le mécanisme actuel permet de faire évoluer certains paramètres de la fiscalité du tabac en fonction de l’inflation.
Les tarifs et minima de perception de l’accise sont ainsi actualisés selon les règles prévues par le Code des impositions sur les biens et services.
Pour 2026, par exemple, le minimum de perception applicable aux cigarettes en métropole s’élève à 381,90 euros pour 1 000 cigarettes.
Cette politique poursuit un objectif de santé publique : éviter notamment que l’inflation générale rende progressivement les cigarettes relativement moins chères que les autres produits.
Les pouvoirs publics ont également défendu les hausses de prix comme un instrument permettant de réduire la consommation. Une réponse gouvernementale à l’Assemblée nationale rappelait ainsi qu’entre 2017 et 2021, les volumes de tabac mis à la consommation avaient diminué de 22 %, avec un lien revendiqué avec la politique fiscale.
Marine Le Pen propose donc une véritable rupture avec cette logique.
Les buralistes se mobilisent dans toute la France
Le timing de l’annonce n’est évidemment pas anodin.
La Confédération des buralistes lance ce lundi 7 septembre une mobilisation nationale, la première de cette ampleur depuis près de dix ans.
Des rassemblements régionaux doivent avoir lieu toute la semaine avant un rassemblement national prévu vendredi 11 septembre à Vernon, dans l’Eure.
Les professionnels demandent eux aussi un moratoire sur la fiscalité et la fin de l’indexation des prix sur l’inflation.
Ils dénoncent notamment la concurrence des achats transfrontaliers et du marché clandestin.
Les ventes officielles de cigarettes, tabac à rouler et cigares-cigarillos ont encore diminué de 4,6 % à 5,2 % entre juillet 2025 et juillet 2026, selon les données rapportées par TF1.
Marine Le Pen apporte donc un soutien politique direct à plusieurs des principales revendications de la profession.
4,3 milliards d’euros de manque à gagner fiscal
Le marché parallèle constitue effectivement un enjeu financier considérable.
Selon une étude des douanes publiée en 2025 et citée par l’AFP, le tabac consommé en France métropolitaine échappant à la fiscalité française représentait un manque à gagner fiscal moyen de 4,3 milliards d’euros en 2023.
Mais l’estimation précise de la part des cigarettes provenant du marché parallèle fait régulièrement l’objet de débats méthodologiques.
Il convient donc de distinguer les données officielles des chiffres avancés par les différents acteurs du secteur.
Marine Le Pen considère, elle, que continuer à augmenter les taxes risque d’accentuer les achats réalisés en dehors du réseau français.
Des sanctions beaucoup plus lourdes contre le trafic
La proposition ne consiste donc pas simplement à réduire la pression fiscale.
Marine Le Pen promet parallèlement une politique beaucoup plus répressive contre le commerce illégal.
Elle veut notamment :
- rendre effectives les fermetures administratives des commerces vendant du tabac de contrebande ;
- « alourdir fortement » les sanctions contre les trafiquants et la vente à la sauvette ;
- aggraver les peines concernant les vols, le recel et la contrebande de tabac ;
- renforcer les prérogatives des policiers municipaux pour leur permettre de mieux constater les infractions et participer aux saisies.
La logique affichée consiste donc à déplacer une partie de la lutte contre le tabagisme illégal : moins de pression supplémentaire sur les prix légaux, mais davantage de répression contre les circuits clandestins.
La santé publique au cœur du futur débat
Cette proposition devrait néanmoins susciter une importante controverse sanitaire.
La hausse du prix du tabac constitue depuis des années l’un des principaux outils utilisés par les pouvoirs publics pour réduire la consommation.
Marine Le Pen conteste non pas l’objectif de santé publique, mais l’efficacité d’une stratégie reposant selon elle trop fortement sur les augmentations de prix.
Ses opposants pourront à l’inverse faire valoir qu’un gel prolongé de la fiscalité pourrait, avec l’inflation, rendre progressivement le tabac moins cher en termes réels et réduire l’effet dissuasif du prix.
C’est précisément pour éviter ce phénomène que l’indexation sur l’inflation avait été défendue par les gouvernements précédents.
Le vrai sujet
L’annonce de Marine Le Pen dépasse largement une simple promesse faite aux buralistes.
Elle marque une rupture potentiellement majeure avec près de deux décennies de politique française de lutte contre le tabagisme fondée notamment sur des augmentations régulières du prix des cigarettes.
La candidate du RN fait un pari différent.
Selon elle, pousser continuellement les prix vers le haut finit par déplacer une partie de la consommation vers l’étranger, la contrebande et les réseaux clandestins, au détriment des buralistes français et des recettes publiques.
La stratégie qu’elle propose consiste donc à stabiliser les prix tout en frappant beaucoup plus durement les filières illégales.
Mais une question essentielle resterait à trancher : un gel des prix permettrait-il réellement de réduire suffisamment le marché parallèle pour compenser son possible impact sur la consommation légale et la santé publique ?
À quelques mois de la présidentielle de 2027, le tabac devient ainsi un véritable sujet de campagne.
Et avec des millions de fumeurs, des dizaines de milliers de buralistes et plusieurs milliards d’euros de recettes fiscales en jeu, le débat promet d’être particulièrement sensible.
Les 3 choses à retenir
- Marine Le Pen promet, si elle est élue présidente en 2027, de geler le prix et la fiscalité du tabac et de supprimer l’indexation automatique sur l’inflation.
- Cette annonce intervient au moment où les buralistes entament une semaine de mobilisation nationale, réclamant eux-mêmes un moratoire fiscal et la fin de l’indexation.
- La candidate du RN veut parallèlement durcir fortement la répression du trafic de cigarettes et de la vente à la sauvette, notamment en renforçant les pouvoirs des policiers municipaux.














