Karim Bouamrane pose ses conditions. Candidat à l’élection présidentielle de 2027, le maire socialiste de Saint-Ouen n’exclut pas de se ranger derrière François Hollande si l’ancien président apparaissait comme le mieux placé pour représenter son camp. Mais avant cela, il réclame un « mea culpa » sur l’un des épisodes les plus controversés de son quinquennat : la déchéance de nationalité.
Plus de dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, cette fracture continue donc de poursuivre la gauche française.
Invité ce lundi 7 septembre sur Europe 1-CNews, Karim Bouamrane a reconnu que François Hollande pourrait jouer un rôle majeur dans la présidentielle de 2027.
« Je pense que François Hollande et moi pourrons être les deux personnes les mieux placées pour pouvoir rassembler notre camp », a-t-il déclaré.
Mais pas question de lui apporter automatiquement son soutien.
Bouamrane exige un « mea culpa » de François Hollande
Karim Bouamrane demande d’abord à l’ancien chef de l’État de clarifier sa position sur la déchéance de nationalité, mesure qui avait profondément divisé la gauche après les attentats de 2015.
Pour le maire de Saint-Ouen, ce point reste suffisamment important pour conditionner un éventuel rassemblement derrière Hollande.
Interrogé sur l’hypothèse dans laquelle l’ancien président serait finalement mieux placé que lui pour 2027, Bouamrane a expliqué qu’il faudrait d’abord que François Hollande effectue un « mea culpa » sur cette séquence politique.
Ce désaccord n’est d’ailleurs pas nouveau.
Karim Bouamrane, pourtant considéré comme appartenant à une ligne réformiste du PS et historiquement proche de plusieurs responsables de l’ancienne majorité, s’était déjà opposé à François Hollande et Manuel Valls sur la déchéance de nationalité.
Que voulait faire François Hollande en 2015 ?
Pour comprendre cette condition, il faut revenir au lendemain des attentats du 13 novembre 2015.
Trois jours après les attaques, François Hollande avait annoncé devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles son intention de modifier la Constitution.
L’un des éléments les plus controversés concernait l’extension de la possibilité de déchoir de leur nationalité française des binationaux condamnés pour terrorisme.
La proposition avait immédiatement provoqué une fracture considérable au sein de la gauche.
Ses opposants dénonçaient notamment le risque de créer symboliquement deux catégories de citoyens français : ceux ne possédant que la nationalité française et ceux disposant d’une deuxième nationalité.
Une réforme qui avait déchiré la gauche
La controverse avait pris une telle ampleur que Christiane Taubira avait quitté le ministère de la Justice en janvier 2016, sur fond de désaccord avec le gouvernement.
Le texte avait ensuite été modifié au cours des débats parlementaires.
Mais l’Assemblée nationale et le Sénat n’étaient pas parvenus à s’entendre sur une rédaction identique.
Après quatre mois de polémique, François Hollande avait finalement annoncé, le 30 mars 2016, l’abandon de la révision constitutionnelle.
Cette séquence est depuis restée comme l’une des fractures majeures du quinquennat Hollande.
Hollande avait déjà reconnu son « regret »
La demande de Karim Bouamrane présente toutefois une particularité : François Hollande a déjà publiquement exprimé des regrets sur cette proposition.
Lors de son allocution du 1er décembre 2016 annonçant qu’il ne briguerait pas un second mandat, le président avait déclaré :
« Je n’ai qu’un seul regret, c’est d’avoir proposé la déchéance de nationalité. »
Il expliquait avoir pensé que la mesure pourrait unir le pays alors qu’elle avait, au contraire, provoqué une profonde division.
La question est donc de savoir ce que Karim Bouamrane attend aujourd’hui de plus de l’ancien président : une nouvelle reconnaissance publique de cette erreur, ou une clarification politique plus large avant la présidentielle de 2027.
Karim Bouamrane est lui-même candidat
La sortie du maire de Saint-Ouen intervient surtout dans une bataille de plus en plus complexe pour savoir qui représentera la gauche modérée et sociale-démocrate en 2027.
Karim Bouamrane a officiellement annoncé sa candidature le 9 juin 2026.
Il entend incarner une gauche « progressiste et écologiste », mais refuse une alliance électorale avec La France insoumise et cherche à construire une offre susceptible de concurrencer à la fois LFI et le Rassemblement national.
Et contrairement à plusieurs autres prétendants, il refuse de participer à la primaire de la gauche.
Il refuse également la primaire de la gauche
Karim Bouamrane juge notamment le fonctionnement de cette primaire trop restrictif.
Il critique le prix de 15 euros demandé pour participer au vote, qu’il qualifie de trop élevé, et considère que la consultation ne rassemble pas suffisamment largement la famille sociale-démocrate.
Il souligne notamment que Bernard Cazeneuve, François Hollande et lui-même n’y participent pas.
Son raisonnement est donc différent : partir en campagne, aller directement à la rencontre des électeurs puis observer quel candidat parvient réellement à émerger.
Et c’est là que François Hollande entre dans l’équation.
« François Hollande et moi » pour rassembler la gauche
Malgré son désaccord sur la déchéance de nationalité, Bouamrane ne traite donc absolument pas Hollande comme un adversaire infréquentable.
Au contraire.
Il considère que lui-même et l’ancien président pourraient être les deux personnalités les mieux placées pour rassembler leur famille politique.
Cette déclaration laisse entrevoir un scénario intéressant.
Karim Bouamrane pourrait maintenir sa candidature pendant plusieurs mois avant d’accepter éventuellement un rassemblement autour de la personnalité apparaissant comme la plus compétitive.
Mais il veut manifestement que certains contentieux politiques soient réglés avant une éventuelle union.
Le vrai sujet
L’information ne se résume pas à un règlement de comptes vieux de dix ans entre Karim Bouamrane et François Hollande.
Elle révèle surtout à quel point la gauche sociale-démocrate reste fragmentée à l’approche de 2027.
Bouamrane est candidat.
La primaire organisée à gauche doit désigner un autre prétendant.
François Hollande reste en dehors de cette primaire mais continue d’être cité parmi les personnalités susceptibles de jouer un rôle.
Bernard Cazeneuve reste lui aussi en dehors du processus.
La sortie de Bouamrane montre cependant qu’un rassemblement ultérieur reste envisageable.
Le maire de Saint-Ouen ne dit pas : « Je ne soutiendrai jamais François Hollande. »
Il dit, en substance, qu’un soutien est possible à certaines conditions.
Et la déchéance de nationalité représente pour lui l’une de ces lignes rouges.
Le paradoxe est que François Hollande a déjà reconnu publiquement en 2016 que cette proposition constituait son principal regret.
Dix ans plus tard, cela ne suffit manifestement toujours pas à refermer complètement la plaie.
À mesure que 2027 approche, la question centrale pour cette partie de la gauche devient donc moins celle du nombre de candidats que celle-ci : qui acceptera finalement de se retirer derrière qui ?
Les 3 choses à retenir
- Karim Bouamrane n’exclut pas de soutenir François Hollande en 2027, mais demande une clarification et un « mea culpa » concernant la déchéance de nationalité.
- La réforme proposée après les attentats du 13-Novembre avait profondément divisé la gauche avant d’être abandonnée en mars 2016.
- François Hollande avait lui-même reconnu dès décembre 2016 regretter cette proposition, estimant qu’elle avait divisé plutôt qu’uni.














