Le constat est particulièrement inquiétant. Plus d’un Français sur quatre estime désormais être en situation de précarité économique. Selon le nouveau baromètre Ipsos/Secours populaire publié ce jeudi 10 septembre, cette proportion atteint 26 %, soit une hausse spectaculaire de 6 points en seulement un an. Alimentation, logement, transports, chauffage : les difficultés touchent désormais des dépenses essentielles du quotidien, tandis que 40 % des actifs interrogés estiment que leur travail ne leur permet plus de couvrir toutes leurs dépenses.
26 % des Français se considèrent désormais précaires
Le chiffre résume à lui seul la dégradation ressentie par une partie de la population.
En France, 26 % des personnes interrogées se déclarent en situation de fragilité économique, contre 20 % un an auparavant.
Une progression de 6 points en douze mois.
Le baromètre Ipsos/Secours populaire dessine ainsi une situation comparable aux années 2022-2024, marquées notamment par la crise énergétique.
Et la crainte de tomber dans la précarité dépasse largement ceux qui estiment déjà y être.
Selon l’enquête, 62 % des Français considèrent courir un risque important de basculer eux-mêmes dans la précarité.
« Je suis arrivée à 250 euros par mois pour le chauffage »
La question de l’énergie occupe justement une place particulière dans cette édition.
Pour la première fois, le Secours populaire et Ipsos ont consacré un volet spécifique à la précarité énergétique.
Les difficultés ne concernent plus uniquement la capacité à payer une facture : certains ménages adaptent directement leur manière de vivre à leur budget.
Chauffage réduit, déplacements limités, arbitrages entre dépenses essentielles… L’énergie devient une variable d’ajustement pour des foyers déjà financièrement fragiles.
Et la situation ne concerne pas uniquement l’hiver.
Un tiers des Français interrogés déclarent avoir « souvent » ou « très souvent » rencontré des difficultés à conserver une température suffisamment fraîche dans leur logement pendant l’été précédant l’enquête. Un autre tiers affirme avoir rencontré ce problème « parfois ».
La précarité énergétique signifie donc désormais aussi bien avoir trop froid l’hiver que subir une chaleur excessive l’été.
40 % des actifs n’arrivent plus à couvrir toutes leurs dépenses
C’est probablement l’un des chiffres les plus marquants du baromètre.
40 % des actifs français interrogés estiment que les revenus tirés de leur travail ne leur permettent pas de couvrir l’ensemble de leurs dépenses.
Cette proportion a bondi de 10 points en seulement un an.
Le phénomène ne touche donc plus uniquement les personnes sans emploi.
Une partie importante des personnes qui travaillent estime désormais ne pas gagner suffisamment pour assumer son coût de la vie.
« C’est sans doute le chiffre le plus fort », estime Houria Tareb, secrétaire nationale du Secours populaire chargée de la solidarité en France. L’association constate sur le terrain des personnes qui travaillent et gèrent leur budget au plus près, mais dont les revenus ne suffisent plus à vivre correctement.
18 % des Français vivent à découvert
Lorsque les revenus ne suffisent plus, le compte bancaire absorbe une partie du choc.
Selon le baromètre, 18 % des Français interrogés vivent à découvert, soit trois points supplémentaires par rapport à 2025.
Et les difficultés apparaissent dans presque toutes les grandes dépenses du quotidien.
46 % rencontrent des difficultés pour payer leurs déplacements, qu’il s’agisse du carburant ou des transports en commun. C’est une augmentation spectaculaire de 12 points en un an.
33 % déclarent avoir du mal à payer leur loyer, leur crédit immobilier ou les charges liées au logement, soit cinq points supplémentaires.
Pour les ménages disposant de moins de 1 400 euros par mois, les difficultés sont encore nettement supérieures.
Plus d’un Français sur trois peine à manger correctement
Les arbitrages touchent également l’alimentation.
37 % des Français interrogés déclarent rencontrer des difficultés pour se procurer une alimentation saine permettant de faire trois repas par jour.
Cette proportion atteint même 58 % chez les ménages percevant au maximum le SMIC.
Plus spectaculaire encore : 29 % des Français disent avoir déjà sauté un repas alors qu’ils avaient faim.
Parmi eux, 11 % indiquent que cela leur est arrivé au cours des six mois précédant l’enquête.
Ces difficultés alimentaires s’ajoutent aux renoncements concernant le logement, les déplacements, les loisirs ou encore les soins.
55 % ont du mal à partir en vacances
Les privations concernent également les dépenses considérées comme moins indispensables.
55 % des personnes interrogées rencontrent des difficultés pour partir en vacances au moins une fois par an, soit six points supplémentaires en douze mois.
Pour le Secours populaire, ces renoncements ne sont pourtant pas anecdotiques.
Ils peuvent progressivement isoler les personnes concernées : moins de sorties, moins de vacances, moins d’activités avec les enfants et davantage de contraintes dans la vie quotidienne.
La précarité ne se mesure donc pas uniquement au contenu du réfrigérateur ou au paiement du loyer.
Elle touche également la capacité à maintenir une vie sociale normale.
Les Français semblent particulièrement touchés en Europe
Cette vingtième édition du baromètre élargit également son analyse à dix pays européens.
Et la situation française apparaît particulièrement dégradée.
À l’échelle européenne, 29 % des personnes interrogées estiment qu’une dépense imprévue pourrait les faire basculer financièrement.
Mais Ipsos souligne surtout une forte dégradation française concernant les privations.
Plus d’un Français sur deux indique avoir récemment connu au moins une situation de privation pour des raisons financières, et les Français apparaissent davantage touchés que plusieurs de leurs voisins d’Europe occidentale.
Le vrai sujet
Dire que « 26 % des Français sont pauvres » serait incorrect.
Le chiffre publié par Ipsos et le Secours populaire mesure autre chose : 26 % des personnes interrogées déclarent se considérer elles-mêmes en situation de précarité économique.
Ce n’est donc pas le taux officiel de pauvreté calculé à partir des revenus.
Mais la progression de six points en seulement un an reste particulièrement significative, surtout lorsqu’elle est rapprochée des autres résultats de l’enquête.
40 % des actifs disent ne pas gagner suffisamment pour couvrir toutes leurs dépenses. 37 % rencontrent des difficultés pour avoir une alimentation saine permettant trois repas quotidiens. 46 % peinent à payer leurs déplacements et 33 % leur logement ou ses charges.
Autrement dit, le problème ne concerne plus uniquement les ménages traditionnellement considérés comme pauvres.
Le baromètre décrit également une population qui travaille, dispose d’un logement et de revenus, mais doit malgré tout arbitrer entre des dépenses de plus en plus élémentaires.
Faire le plein, chauffer correctement son logement, manger convenablement ou simplement absorber une dépense imprévue devient difficile pour une fraction croissante de la population.
C’est probablement là que se trouve le signal le plus préoccupant de cette enquête : la frontière entre stabilité financière et précarité semble devenir de plus en plus fragile pour une partie des Français.
Les 3 choses à retenir
- 26 % des Français interrogés se considèrent en situation de précarité économique, soit une hausse de 6 points en un an. Il s’agit d’un sentiment déclaré et non du taux officiel de pauvreté.
- 40 % des actifs estiment que leur salaire ne suffit plus à couvrir toutes leurs dépenses, contre 30 % l’année précédente.
- Les difficultés touchent des besoins essentiels : 37 % peinent à financer une alimentation saine permettant trois repas par jour, 46 % leurs déplacements et 33 % leur logement ou ses charges.














